L’archive du mois d’août 2019 !

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Lumière sur… Les projets de tramway

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

Ce mois-ci, nous nous sommes penchées sur la question des moyens de transport sur la Presqu’île au siècle dernier. Avant le prolongement de la route jusqu’au Cap Ferret en 1929, les habitants n’ont alors que peu de possibilités pour se rendre dans la partie sud du territoire. En l’absence de route convenable, les liaisons entre les villages de la côte noroît et le reste du Bassin d’Arcachon se font par voie maritime, via les lignes régulières de bateaux comme Le Courrier du Cap.

Plusieurs projets – qui n’ont jamais abouti – ont été imaginés afin d’améliorer la situation. L’histoire de l’un d’entre eux, un ferry-boat entre Arcachon et le Cap Ferret dans les années 1930, est à découvrir dans la revue municipale Presqu’île n°74.

De 1903 à 1930, ce sont trois projets de voies de chemin de fer qui ont enthousiasmé les conseillers municipaux de la commune. Ces lignes seraient en effet bien utiles pour desservir une presqu’île longue de 25 kilomètres, où la distance entre les villages semble infranchissable au siècle dernier.

Le 1er projet de tramway : ligne Bordeaux-Cap Ferret (1903-1906)

Le 24 août 1903, deux demandes pour obtenir la concession d’un tramway à vapeur sont soumises au Conseil Général de la Gironde. La première émane de MM. Ducau et d’Espeaux ; la ligne relie Bordeaux à Arès. La seconde est celle de M. Hébert, ingénieur ; la ligne part de Bordeaux pour rejoindre le Cap Ferret. Les demandes sont renvoyées à la session d’avril pour manque de pièces permettant d’étudier la question plus en détail.(1)

(1) Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 1903, p.138-139.

Entre-temps, le Conseil Municipal de Lège prend connaissance du projet de la ligne Bordeaux-Cap Ferret en novembre 1903. Il émet un vœu favorable à la création de cette ligne et décide de céder gratuitement les terrains communaux nécessaires à son établissement, « reconnaissant l’utilité qu’il y aurait pour la contrée de l’existence d’une ligne de tramways, allant de Bordeaux au Ferret et passant dans la commune ».

Lors de la session du 20 avril 1904, la demande de concession de M. Hébert est à nouveau discutée par les conseillers généraux de la Gironde. M. David, représentant le canton d’Audenge, annonce que « la nouvelle de l’établissement d’un tramway de Bordeaux au cap Ferret a causé la plus vive satisfaction dans la région [qu’il] représente ». Il pointe le manque de voies de communication dans cette partie de la région. Seule la route n°137 relie Bordeaux au nord du Bassin d’Arcachon en passant par Saint-Jean-d’Illac, puis le chemin de grande communication n°45 mène à Lège, mais aucune route n’aboutit au Cap Ferret. Il n’y a là que des chemins de sable.

Extrait d’une carte Michelin, section Bordeaux
(fonds Catherine Guillerm, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Le tramway projeté partirait de l’extrémité de la rue Judaïque et passerait ensuite par les Eyquems, Beutre, Saint-Jean-d’Illac, Andernos, Arès, Lège et enfin le Ferret. Les autres communes concernées adhèrent toutes au projet, certaines comme Andernos ou Lège cédant gratuitement les terrains nécessaires à l’établissement de la ligne. Léon Lesca, grand propriétaire, céderait lui aussi des terrains.

Le 31 août, l’avant-projet du tramway est mis à l’enquête publique. MM. Dignac et David appuient de manière « très énergique » ce vœu de tramway.

Le 16 avril 1905, le Conseil Municipal de Lège réitère son vœu pour la création d’une voie de tramway reliant Bordeaux au Cap Ferret. Le 19 avril, la commune de La Teste approuve à son tour le projet.

Le 26 octobre suivant, les résultats de l’enquête publique sont favorables au projet, aucune réclamation n’ayant été soulevée dans les communes interrogées. Longue de 73 km, cette ligne de tramway doit favoriser le développement des stations balnéaires du Bassin d’Arcachon en permettant le transport des voyageurs et des marchandises. A la fin de la séance, le dossier est une nouvelle fois renvoyé en raison de quelques sujets qui n’ont pas été inclus (conditions de durée de travail des ouvriers, gratuité pour les facteurs des postes).

La convention est signée le 2 mai 1906 entre M. Hébert et le département. Le concessionnaire ne recevra aucune subvention, il supportera donc tous les frais d’établissement et d’exploitation. Il devra verser au département un certain pourcentage sur ces recettes, par exemple 5% des recettes brutes pour le trafic entre Andernos et Lège.

M. Hébert obtient des prorogations pour sa concession jusque dans les années 1920. Plusieurs problèmes empêchent l’aboutissement du projet. Les capitaux nécessaires pour la création de cette ligne sont insuffisants (des subventions lui sont refusées).(2) Un grand propriétaire du Cap Ferret, « pour qui les étrangers étaient, a priori, indésirables », s’oppose à l’installation de nouveaux venus dans la région. La Compagnie du Midi, qui délivre des billets dits de bains de mer sur sa ligne Bordeaux-Arcachon, et la commune d’Arcachon voient une concurrence pour leurs intérêts dans le développement du Cap Ferret.(3)

(2) Délibération du Conseil Municipal de La Teste de Buch, 27 février 1909.

(3) Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 7 septembre 1926, pages 69-70.

Le 2nd projet de tramway : ligne Verdon-Cap Ferret (1920-1921)

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Armée française veut se doter d’une artillerie moderne, capable d’atteindre les grandes villes de l’Ouest de l’Allemagne. Pour essayer ces nouveaux canons à très grande portée, qui peuvent tirer jusqu’à 200 kilomètres, elle a besoin d’un grand champ de tir. Le littoral de la Côte d’Argent, rectiligne et dépourvu de ports importants, est le seul à fournir un tel terrain, que ce soit pour des tirs à la mer ou sur les plages et les dunes.

En complément de ce champ de tir, l’Armée construirait aussi un chemin de fer littoral allant du Verdon (Gironde) au Boucau (Pyrénées-Atlantiques). La ligne desservirait les stations balnéaires, y compris le Cap Ferret, et rejoindrait ensuite la ligne Biarritz-Guéthary/Saint-Jean-de-Luz-Hendaye. La voie ferrée serait construite pour supporter de lourdes voitures-affûts de plus de 200 tonnes afin de déplacer le nouveau matériel militaire. Elle pourra aussi être utilisée pour le transport des voyageurs, qui accéderont plus facilement à ces sites « pittoresques », et des marchandises de la région, comme les produits de la forêt ou des fermes. L’Armée fournirait la main d’œuvre, les rails et le petit matériel de voie.

Le projet est présenté par le colonel d’artillerie Lucas Gérardville devant tous les Syndicats d’Initiative de la Gironde en février 1921.(4) Il ne sera jamais réalisé.

(4) La Petite Gironde, 12 octobre 1920, 9 février 1921, 1er mars 1921. 

Le 3ème projet de tramway : ligne Lège-Cap Ferret (1926-1930)

En 1926, le Conseil Général de la Gironde est une nouvelle fois amené à délibérer sur un projet de voie ferrée reliant Arès ou Lège au Cap Ferret, proposé par le Conseil d’arrondissement de Bordeaux.(5) Le projet divise les conseillers généraux : certains arguent qu’en cette période d’économies, la ligne Lège-Cap Ferret n’est pas prioritaire, tandis que d’autres, comme MM. Pinèdre et Cante, estiment qu’elle sera fructueuse et compensera le déficit de son réseau (près d’un million).

(5) Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, mai 1926, page 89.

M. Pinèdre :

« Il est incontestable que s’il y avait entre, le Cap-Ferret et le réseau des chemins de fer économiques des landes une voie de communication, il se développerait dans cette région un trafic intense de marchandises, et les habitants tant de Bordeaux que du Cap-Ferret et des petits villages de pêcheurs qui s’égrènent le long de la côte du bassin d’Arcachon fourniraient aussi un transit considérable. […]
Une voie ferrée dans cette partie de notre département s’impose : il y a là des dunes couvertes de pins dont l’exploitation est, par suite du manque de voies de communication, rendue extrêmement difficile. C’est au point que pendant la guerre, en 1916, nous avons assisté à ce spectacle lamentable de pins centenaires abattus pour les besoins de la défense nationale et qui pourrissaient sur place parce qu’on ne disposait pas de moyens de transport. A l’heure actuelle, on se contente de récolter la résine produite par les pins ; mais je suis persuadé que la création d’une voie de communication développerait considérablement les ressources de cette région déshéritée. D’un autre côté, étant donné le pittoresque des sites, il y aurait, du côté du Cap-Ferret, un afflux d’étrangers […] ce qui permettrait aux habitants de la région, ostréiculteurs et résiniers, de connaitre eux aussi une vie plus large et plus heureuse. » (6)

(6) Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 7 septembre 1926, pages 69-70.

M. Cante :

« […] dans les nombreux villages disséminés le long des bords du bassin, quantité de villas ont été édifiées et qu’il y a là une population fixe, en même temps que de nombreux touristes qui y vivent pendant cinq à six mois de l’année, qui voyageraient beaucoup s’ils en avaient les moyens ; également les ostréiculteurs de la région emploieraient la ligne nouvelle pour expédier sur Bordeaux les produits de leur industrie. C’est donc, en définitive, pour procurer des recettes nouvelles au département que nous vous demandons d’augmenter l’outillage départemental. […] Nous avons besoin de trouver des ressources nouvelles ; notre situation financière actuelle nous le commande impérieusement. Or, il est certain qu’un chemin de fer de Lège au Cap-Ferret rapporterait de l’argent ; sans doute il porterait quelque peu tort aux bateaux qui font le service entre Arcachon et le Cap-Ferret ; mais il éviterait tout au moins des transbordements dommageables aux marchandises à destination du Cap-Ferret. » (7)

(7) Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 7 septembre 1926, page 71.

Cap Ferret – Arrivée du Courrier du Cap au débarcadère de Bélisaire
(fonds François Bisch, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Le Conseil Général vote une partie des crédits nécessaires aux frais d’étude. Les communes intéressées devront contribuer aux dépenses restantes, soit 10 000 francs, réparties ainsi : 2 000 francs pour Arès, 4 000 francs pour Lège, 4 000 francs pour La Teste. Le 28 novembre 1926, le Conseil Municipal de Lège approuve le projet de voie ferrée et vote les 4 000 francs demandés, à condition que la ligne parte de la gare de Lège :

« Mais il semble que la Compagnie des Chemins de fer Economiques a tout intérêt à placer la tête de ligne à Lège, puisque les voyageurs venant de Bordeaux, et ce sont les plus nombreux, partiront de Bordeaux St Louis et n’emprunteront que la ligne de cette compagnie, d’où avantage pour celle-ci. De plus, la Commune de Lège ayant toujours été mal desservie par rapport à Arès, la population verrait avec plaisir cesser cette situation fâcheuse grâce à une ligne directe […]. Il ne faut pas non plus oublier que la Commune de Lège est celle qui est appelée à faire les plus gros sacrifices de terrains pour le passage de la future voie. »

L’avant-projet est présenté en 1930 devant le Conseil Général de la Gironde. La ligne serait un prolongement de la voie déjà existante et exploitée par la Société Générale des Chemins de fer Economiques. Longue d’un peu plus de 20 km, elle partirait de la gare de Lège et aboutirait au nord de l’avenue n°9 du lotissement du Cap Ferret. Le vœu des conseillers municipaux de Lège est respecté. L’ingénieur principal du service vicinal juge d’ailleurs que :

« Le départ d’Arès impliquerait quelques difficultés pour l’établissement de la première partie de la ligne et un détour pour prendre la direction de la pointe du Cap-Ferret. D’autre part, tant au point de vue des commodités des voyageurs que pour faire bénéficier le réseau des landes de la Gironde du trafic que la nouvelle ligne apportera, l’origine est mieux indiquée à Lège. » (8)

(8) Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 1930, pages 129-130.

La gare de Lège (fonds Luc Dupuyoo, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Les travaux de cette ligne sont estimés à plus de 13 millions de francs. L’exploitation débuterait avec 3 trains dans chaque sens par jour du 15 juin au 15 octobre, et 2 trains par jour le reste de l’année. La ligne souffrirait malheureusement d’un déficit annuel de 20 000 francs : les recettes ont été évaluées à 480 000 francs tandis que les frais annuels d’exploitation s’élèveraient à 500 000 francs. L’ingénieur principal souligne néanmoins que ce déficit probable est susceptible « de s’atténuer assez vite, étant donné les possibilités de trafic, tant au point de vue voyageurs que marchandises, de la ligne. »

Cet avant-projet fait l’objet d’âpres débats entre les conseillers généraux. M. Guilhem, rapporteur de la commission d’agriculture, du commerce et des travaux publics, demande au Conseil Général de rejeter le projet. A l’heure où leurs réseaux de chemins de fer et lignes d’autobus sont en déficit, il n’est pas judicieux de construire une nouvelle voie ferrée qui n’est pas indispensable. De plus, les moyens de transport par route se perfectionnent et sont bien plus commodes et moins onéreux que la voie ferrée, plus pratique sur un long parcours. D’après lui, cette ligne ne présente aucun intérêt commercial :

« La situation du Cap-Ferret n’indique nullement le besoin d’un tronçon de ligne reliant ce pays à Lège et, au point de vue économique, la construction de cette voie ferrée serait une erreur, car le Cap-Ferret sera habité et fréquenté surtout par des gens possédant à peu près tous une voiture pour la commodité de leurs déplacements.
Le trafic marchandise est pour ainsi dire insignifiant. » (9)

(9) Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 1930, page 390.

A l’inverse, M. Daron annonce lui un bénéfice de 150 000 francs annuel. Les marchandises à expédier tous les jours sont multiples (huîtres des petits ostréiculteurs, produits du bois, etc). Il vaut mieux les faire passer par voie ferrée que par camions de 7 voire 10 tonnes qui maltraiteraient les routes et engendreraient ainsi des frais coûteux pour leur entretien.

M. Cante, président de la commission des chemins de fer, estime que les chiffres donnés par MM. Guilhem ou Daron sont tout à fait fantaisistes. D’autres lignes bien plus déficitaires sont pourtant maintenues et il a été prouvé que les lignes ferrées dans les régions forestières apportent plus de bénéfices.

Enfin, M. de Groc ne comprend pas l’intérêt de doubler la route nouvellement construite et classée dans la voirie nationale par un chemin de fer. M. Lafitte juge que le service de transport par autobus sera toujours meilleur marché.

Les conclusions de la commission sont adoptées et le projet est définitivement abandonné.

Une route, enfin…

La côte noroît, peu habitée à l’époque, reste donc isolée du reste du Bassin d’Arcachon pendant de longues années. La liaison entre Piquey et le Cap Ferret est enfin assurée par une route asphaltée en 1929. Dès août 1928, le Conseil Municipal de Lège pressent que la route reliant Bordeaux au Cap Ferret sera, les jours de grande affluence, largement embouteillée !

Extrait d’une carte du Bassin d’Arcachon dressée en 1939 par André Rebsomen
(Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

 

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Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

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Sources et références

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Délibérations du Conseil Municipal de Lège
  • Carte du Bassin d’Arcachon, André Rebsomen, 1939
  • Fonds Catherine Guillerm
  • Fonds François Bisch
  • Fonds Luc Dupuyoo

Les Archives municipales de La Teste de Buch :

  • Délibérations du Conseil Municipal de La Teste de Buch

Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF :

  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, août 1903
  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, avril 1904
  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, août 1905
  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, avril 1909
  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, mai 1926
  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, septembre 1926
  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, octobre 1926
  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 1930

RetroNews, le site de presse de la BnF :

  • La Petite Gironde, 8 août 1904
  • La Petite Gironde, 28 septembre 1905
  • La Petite Gironde, 12 octobre 1920
  • La Petite Gironde, 9 février 1921
  • La Petite Gironde, 1er mars 1921

 

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