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Lumière sur… La destruction du phare du Cap Ferret en 1944

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

Après plusieurs mois de travaux, le phare du Cap Ferret a rouvert ses portes le 15 décembre dernier. Un chantier spectaculaire a été mené à l’automne 2018 grâce à des hélicoptères, des artisans cordistes et des ouvriers spécialisés. Au sommet, un nouveau garde-corps fait sur-mesure a été installé tandis que l’extérieur de la tour a été entièrement décapé et repeint.

Soixante-dix ans plus tôt, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le phare a été une nouvelle fois inauguré. Son prédécesseur, vieux d’un siècle, a connu une fin tragique dans la nuit du 21 au 22 août 1944.

Le premier phare du Cap Ferret

Le premier phare du Cap Ferret est mis en service le 1er novembre 1840. Construit par Dominique Escarraguel, ingénieur civil, le phare fonctionne alors à la vapeur de pétrole et est doté d’un seul feu fixe blanc. D’après les Statistiques de la Gironde d’Edouard Ferret, parues en 1878, la tour mesure 47,70 mètres de haut et a une portée de 18 milles, soit 33 kilomètres. La surveillance et l’entretien sont assurés par trois gardiens. Le phare n’est électrifié qu’en 1928.

Le phare du Cap Ferret (fonds François Bisch, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Le récit de la nuit du 22 août 1944

Le phare est occupé par des militaires allemands dès juin 1940, ceux de la Kriegsmarine puis des douaniers sous les ordres du chef Ernest Pfaff. Deux gardiens français continuent d’assurer leur service au phare : Antoine Meaume, en poste depuis août 1940, et Jean Caule, en poste depuis avril 1934.

Le phare et les blockhaus construits à son pied ont été minés en juin 1944. Néanmoins, les Allemands assurent aux Français ne pas avoir l’intention de le démolir en raison de son statut d’ouvrage d’art international.

Le 20 août 1944, les Allemands battent en retraite et quittent le Cap Ferret. Michel Pinguet, habitant de Grand Piquey, consigne ces quelques notes dans son journal de guerre le lendemain :

« Panne totale de courant, aussi manque de nouvelles. Ce matin gros émoi dans le quartier car les Allemands qui évacuent le Ferret réquisitionnent les vélos, aussi nous planquons le notre (sic) en vitesse. […] Toute la journée des explosions plus ou moins proches se font entendre : les Allemands continuent leurs destructions. »

Le récit de cette nuit du 22 août 1944 nous est racontée dans le procès-verbal des gendarmes Eugène Midy et Robert Chevrier dressé quelques jours plus tard.

Copie du procès-verbal de la destruction du phare du Cap Ferret daté des 29 et 31 août 1944 (Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Les Allemands décident de détruire les blockhaus du phare et somment les habitants d’évacuer leurs maisons. Avant de partir, le chef des douaniers Ernest Pfaff livre ses dernières instructions aux deux gardiens français : ne pas quitter le phare de jour comme de nuit et y dormir. Fort heureusement, ni Antoine Meaume ni Jean Caule ne suivront ses directives. Le gardien chef Meaume, qui assure que Pfaff voulait le supprimer, doit sa vie à son épouse :

« Dans la nuit du lundi au mardi 22 août, je devais aller passer la nuit au Phare. Je suis rentré dans le Phare, mais ayant oublié une clef, je suis retourné chez moi où sur l’insistance de ma femme, je suis resté. C’est à cette circonstance que je dois d’avoir la vie sauve, car à 2h10, le Phare sautait. »

Quant à Jean Caule, il s’est bien gardé de rentrer dans le phare :

« Quand les douaniers sont partis, le dimanche 20 août 1944 à 19h, rien n’indiquait dans leur attitude ou leurs propos, leur intention de faire sauter le Phare. […] J’ai eu garde de ne pas suivre son conseil, me permettant de coucher dans mon lit quand je ne serais pas de service. Bien m’en a pris, car dans la nuit du lundi au mardi, exactement à 2h10 ainsi que l’a indiqué l’arrêt de ma pendule, le Phare sautait. »

Le phare du Cap Ferret saute à 2h10 précises. Les témoignages d’habitants du Cap Ferret évoquent tous une puissante explosion.

Germaine Midy, née Boitel :

« Dans la nuit du 21 au 22 août, j’étais seule à la maison avec mes deux enfants âgés de 7 et 2 ans puisque mon mari était parti en transfèrement à Bordeaux. Vers deux heures du matin, j’ai été réveillée par le bruit d’une formidable explosion, suivie d’un fracas épouvantable.
Au même instant, comme sous la puissance d’une violente poussée, mes portes donnant vers le phare, se sont ouvertes et les serrures arrachées ont été projetées avec force dans les pièces.
Terrifiée, ainsi que mes enfants, je n’ai pas osée (sic) sortir de chez moi. Vers 1H., j’avais entendu marcher devant notre porte et causer à voix basse. »

Jeanne Chevrier, née Arnaud, résidant à la gendarmerie :

« Tout à coup, et en pleine nuit, une violente explosion m’a soulevée de mon lit et en même temps un fracas épouvantable se faisait entendre. J’ai vu le phare s’écrouler.
Je vous affirme ne pas avoir été avertie de la décision des allemands. Je suis enceinte de trois mois et cette secousse m’oblige maintenant à garder le lit. D’après la sage-femme, il est à craindre qu’i s’agisse d’une fausse couche résultant de la commotion que j’ai eue. »

Deux autres femmes sont témoins de la patrouille menée par Ernest Pfaff, revenue dans la nuit pour détruire le phare avant de regagner en toute hâte l’embarcation qui les attend au débarcadère.

Marie-Louise Sarton, femme de chambre à l’hôtel du Phare :

« Au cours de la nuit du lundi au mardi, j’étais dans ma chambre quand j’ai entendu des bruits suspects sous ma fenêtre ; j’ai entendu marcher sous la fenêtre de ma chambre située derrière l’hôtel, et à un moment donné le rayon d’une lampe électrique est venu éclairer ma chambre.
Transie de peur, je n’ai pas oser (sic) me lever pour me rendre compte de ce qui se passait. Environ deux heures plus tard, j’ai été secoué (sic) par l’explosion du phare qui sautait. »

Francine Chapon :

« Vers 11 heures du soir, grosse émotion ; nous entendons passer une patrouille d’une quinzaine d’hommes remontant vers La Pointe. Chacun rentre chez soi en douce.
Vers 2 heures du matin nous sommes réveillés par un boum formidable. Nous apprendrons par la suite que c’est le phare qu’ils viennent de faire sauter. La patrouille rembarque peu après. »

Les derniers témoins cités au procès-verbal, Régine Gachet, factrice, et Paul Ulrich, propriétaire de l’Hôtel de Bayonne, déclarent avoir rencontré des militaires de la Kriegsmarine cette nuit-là. Ils leur ont confessé qu’ils étaient sur le point de faire sauter le phare et le sémaphore mais, les hommes étant ivres, ils n’ont pas pris leurs propos au sérieux.

Au matin du 22 août, les Ferret-Capiens découvrent le triste spectacle de leur phare saccagé comme le relate Francine Chapon :

« Mardi 22 au matin. Défilé de la population consternée au pied de ce que fut le phare. Il s’est effondré sur lui-même, seule la base est restée debout. »


Les décombres du phare du Cap Ferret le 4 décembre 1944 (fonds Luc Dupuyoo, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Le nouveau phare

Dans l’attente de la reconstruction du phare, un pylône provisoire est installé à son emplacement.


Le pylône provisoire du phare du Cap Ferret, décembre 1944 (fonds Luc Dupuyoo, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Une partie des pierres de taille du phare va servir à la construction de la villa La Lorraine en 1950. Un nouvel édifice est construit de 1944 à 1947. Inauguré en 1949, ce phare haut de 57 mètres dispose d’une portée lumineuse de 27 milles, environ 50 km.

 

Votre histoire, notre mémoire

« Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque. »
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

Si vous avez des photos du phare ou de ses gardiens à nous faire partager ou des anecdotes à nous raconter, n’hésitez pas à nous rendre visite ou à nous contacter ! Vos souvenirs nous permettront de mieux faire connaître l’histoire de notre commune.

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79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives.ad@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

Sources et références

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Photocopie du procès-verbal de la destruction du phare du Cap Ferret des 29 et 31 août 1944 (l’original étant conservé aux Archives Départementales de la Gironde)
  • Bulletin de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon n°150, 4ème trimestre 2011
  • Fonds Catherine Guillerm
  • Fonds François Bisch
  • Fonds Luc Dupuyoo

 

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