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Lumière sur… La gare de Lège

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

En août dernier, vous aviez pu découvrir l’histoire méconnue de trois projets de chemins de fer reliant Lège au Cap Ferret, projets qui n’ont pas abouti. Le seul chemin de fer qui a offert ses services à la population est celui du chemin de fer des landes de la Gironde dont Lège était l’une des stations.

Aujourd’hui, il n’en reste que les traces des rails, devenus des pistes cyclables, et la gare, abritant des associations de la commune.

Un emplacement primordial

Le premier emplacement choisi ne convient pas : la gare projetée se trouve à l’extrémité nord de la commune. En novembre 1879, le conseil municipal de Lège demande à ce que « la station du chemin de fer [soit] construite vis-à-vis le centre de la commune ou de l’Eglise c’est-à-dire un peu à l’Est du Moulin de Lège ». Les édiles réitèrent leur demande un mois plus tard en précisant bien que la gare doit être située « à l’Est et à 200 ou 300 mètres environ du Moulin de Lège ».

La section Facture – Arès du chemin de fer des landes de la Gironde est inaugurée le 7 janvier 1884 en présence de Mr Raynal, ministre des travaux publics. La totalité de la ligne est ouverte le dimanche 19 octobre 1884, toujours en présence du ministre.

Une gare « type »

Toutes les gares de la ligne sont construites suivant le même style architectural. Le bâtiment de Lège est celui d’une station de seconde classe : un pavillon central abrite au rez-de-chaussée le bureau du chef de gare et une cuisine, et deux chambres à l’étage ; il est encadré par une salle d’attente pour les voyageurs et une halle à marchandises en bois prolongée par un quai.

La gare de Lège, côté rails (fonds Luc Dupuyoo, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Le chef de gare

Coiffé de sa casquette ornée de feuilles de chêne et de lauriers entrelacées, le chef de gare signale le départ des trains sur un coup de sifflet. Voici quelques chefs de gare postés à Lège :
1891 : Armand Dahmen
1896 : Mathieu Marthiens
1901 : Charles Franquebalme
1906 : Pierre Capdeville
1911 : Pierre Capdeville
1921 : Edmond Techoueyres
1926 : Bertrand Cassagne
1931 : Bertrand Cassagne
1936 : Michel Maucouvert

Le chef de gare, à gauche, pose pour l’arrivée de la première barrique de vin du Médoc à la gare de Lège, 23 octobre 1884 (fonds Luc Dupuyoo, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Un terrain pour les ballons

Le 16 avril 1906, deux ballons, L’Aquitaine et L’Indécis, sont inaugurés. Ils décollent de l’usine à gaz de Bordeaux Bastide. L’Aquitaine se pose sur la route forestière de Lège au Porge, « le seul endroit propre à un atterrissage, au milieu de l’immense forêt littorale de pins ». L’Indécis atterrit à 5h dans la cour de la gare de Lège.

Déraillement mortel en 1925

11 avril 1925, 7h45. Le train Lacanau-Facture roule à 30 kilomètres à l’heure. Il ne lui reste que 1500 mètres pour atteindre la gare de Lège. Une distance qu’il n’atteindra jamais :

« Un habitant entendit des coups de sifflets stridents, puis un bruit épouvantable dont la nature ne lui laissa aucun doute.
Le train de marchandises 601 venait de dérailler.
Les quelques personnes proches de ce lieu isolé, perdu dans la forêt de pins, accoururent, et sur la locomotive brisée aperçurent le chauffeur et le mécanicien pris sous des débris de ferraille, poussant des cris de douleur. »

Le chauffeur Henri Ratier est tué sur le coup. Le mécanicien Pierre Palas, grièvement blessé, est transporté à l’hôpital d’Arès où il succombera à ses blessures quelques heures plus tard. Pierre Thomas, un passager (ou chef de train suivant les journaux), est quant à lui blessé mais ses jours ne sont pas en danger. Les dégâts matériels sont importants : neuf wagons se sont renversés dans le remblai. Il faudra trois jours pour rétablir la circulation sur cette ligne à voie unique.

L’accident suscite un grand émoi dans la région, d’autant plus qu’il est suivi d’un second déraillement en l’espace d’un mois, cette fois à la gare d’Andernos. Le conseiller général Louis David demande des comptes au préfet lors de la séance du Conseil Général de la Gironde du 18 mai 1925. Le préfet tient à rassurer : les deux enquêtes, menées par la Société et par le parquet, n’ont relevé aucune faute lourde imputable à la Compagnie de chemins de fer. Elles n’ont pas pu toutefois établir si le mauvais état d’une des traverses est antérieur ou non à l’accident.

La fin de la gare

La gare fonctionne pendant plus de 70 ans, jusqu’à ce qu’elle soit victime de la concurrence avec la route. Le trafic des voyageurs sur la section Lacanau-Arès cesse en 1952, puis c’est au tour des marchandises en 1978 sur le tronçon Naujac-Facture.

La municipalité acquiert la gare désaffectée en 1992. Le bâtiment est vétuste et recouvert de graffitis, le hangar à marchandises s’est effondré, la toiture est abîmée. Il est entièrement rénové et réhabilité en 1994.

La gare de Lège avant sa rénovation en 1994, côté rue (fonds urbanisme, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

La gare de Lège avant sa rénovation en 1994, côté rails (fonds urbanisme, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

En l’an 2000, l’espace vert à proximité de la gare est dénommé « Square Gérard Blasquez » en hommage au Caporal Gérard Blasquez du 4ème Bataillon de chasseurs à pied, tué en opération le 25 octobre 1959 lors de la guerre d’Algérie.

Un hangar est construit en 2012. Il est fermé en 2015.

Votre histoire, notre mémoire

“Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque.”
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

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Service des archives
79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives.ad@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

Sources et références

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Délibérations du Conseil Municipal de Lège
  • Recensements de la population de Lège, 1931 et 1936
  • Fonds Luc Dupuyoo
  • Fonds urbanisme
  • Christian Lacombe et Lucien Chanuc, L’extraordinaire réseau ferré des Landes de Gascogne, Les Editions du Cabri, 1987

Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF :

  • L’Aérophile, juillet 1906
  • La Dépêche, 13 avril 1925
  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 1925

Les Archives départementales de la Gironde :

  • Recensements de la population de la commune de Lège, 6 M 198/3 (1820-1926)

 

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