L’archive du mois de juillet 2020 !

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Lumière sur… La foire de Lège

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

La Pointe aux Chevaux doit son nom aux nombreux chevaux qui étaient jadis parqués sur cette dune. Ils étaient conduits à la nage à l’Ile aux Oiseaux par des marins et ramenés de la même façon sur le continent. Seuls les poulains étaient transportés sur les pinasses par mesure de prudence.

Saviez-vous qu’il y a eu, plus au nord, au village de Lège, une foire au bétail spécialisée dans le commerce des chevaux et des juments ?

C’est ce que vous découvrirez en lisant cette archive du mois !

Qu’est-ce qu’une foire ?

Edouard Féret, libraire et éditeur, nous explique la différence entre une foire et un marché dans son ouvrage Statistique générale de la Gironde paru en 1878 :

« A l’époque où le commerce était entouré d’entraves à l’intérieur, les foires avaient une très grande importance ; ces réunions étaient généralement l’objet de privilèges et d’immunités précieuses ; elles formaient les principaux débouchés pour l’écoulement des produits de l’industrie et de l’agriculture ; mais depuis que le commerce a recouvré sa libre action, elles n’attirent plus, comme autrefois, de très loin, souvent de pays étrangers, vendeurs et acheteurs ; elles ne servent plus guère aujourd’hui qu’à l’approvisionnement des localités où elles se tiennent et de celles qui les avoisinent ; elles ne diffèrent plus des marchés que par des caractères difficiles à apprécier, car les marchés de certaines communes sont plus importants que les foires d’autres communes voisines. La nuance la plus saillante consiste dans la périodicité, plus rapprochée pour les marchés que pour les foires, et surtout dans la présence du gros bétail, qui forme la plus grande partie des affaires traitées dans toutes les foires de la Gironde (Bordeaux excepté), tandis que sur les marchés hebdomadaires ou bi-hebdomadaires de tous nos gros bourgs on ne trouve ordinairement que les animaux de basse-cour avec tous les objets les plus usuels de la vie des champs. Bordeaux est la seule ville du département où des marchés hebdomadaires importants soient réservés à la vente des animaux de boucherie sur pied. » (1)

Il y avait un marché public à Lège, tous les mardis, sous le règne de Henri III, roi d’Angleterre. (2)

(1) Edouard Féret, Statistique générale de la Gironde, tome I, page 681. Il est l’auteur de Bordeaux et ses vins (voir l’archive du mois de septembre 2019).
(2) Abbé Baurein, Variétés bordeloises, tome 3, page 404.

Les origines de la foire de Lège

C’est le 11 mai 1854 qu’un projet de foire est débattu au conseil municipal de Lège. Le maire Martin Despujols argue que la position géographique de la commune est un atout majeur dans la réalisation de ce projet. « En effet, où trouver des pacages plus sains et aussi bons que nos vastes pâturages situés dans les Dunes, connus sous le nom de Lèdes, en face de notre bourg ? », interroge-t-il. Cet emplacement de choix favorise l’élevage de chevaux landais et de juments poulinières :

« Aussi, voit-on tous les propriétaires du pays et des environs y tenir des juments poulinières et y élever des chevaux, connus sous les noms des chevaux des Landes ou des Dunes, lesquels ne laissent à désirer pour la bonté. Vous savez tous, Messieurs, ajoute M. le Maire, que le gouvernement ne recule devant aucun sacrifice pour arriver à obtenir dans nos contrées à une race de chevaux propres à la cavalerie légère.
Et à cet effet, deux étalons, races anglaise et arabe, sont à Audenge tous les ans pendant plusieurs mois. Aussi, j’ai le plaisir de vous annoncer que quelques propriétaires de notre commune sont allés il y a deux ans, un an et cette année faire sauter leurs juments par ces étalons, et que déjà il y a quelques poulains qui promettent une taille propre à la remonte. Nos chevaux sont tellement connus, de leur réputation, que de tous les points du département il y vient des acheteurs à différentes époques. »

A l’approche des vendanges, les bouchers du Médoc viennent également s’approvisionner en bétail qui a engraissé dans ces verts pâturages (troupeaux de vaches et de moutons).

En raison de tous ces arguments, « mû par des sentiments qui tendent à la prospérité et aux progrès des populations, et dans le but d’utilité publique », le conseil municipal de Lège approuve à l’unanimité la création d’une foire et propose qu’elle ait lieu le 8 septembre de chaque année. (3)

(3) Délibération du Conseil Municipal de Lège, 11 mai 1854.

Les chevaux landais

« Cette race, qui habite le sol sablonneux des landes, est de petite taille. Le cheval landais vif, nerveux, plein de vigueur, tient beaucoup de l’arabe ; dans la configuration de la tête, de la poitrine, du garot (sic), du dos, du rein, de la croupe et du jarret, il porte le cachet de son origine orientale.
Un certain nombre de ces chevaux vit une partie de l’année presque à l’état sauvage, car on leur faisait de temps en temps la chasse, soit au lacet, à la mode des Indiens, soit en creusant sur leur passage des fosses sur lesquelles on étendait des branches recouvertes de sable. Ces animaux sauvages, une fois domptés, étaient excellents pour la selle, mais ils étaient toujours très difficiles au dressage.
Aujourd’hui, les chevaux que l’on trouve dans les dunes sont peu nombreux. Ils appartiennent presque tous aux habitants des communes voisines, qui les tiennent à l’écurie pendant la saison des travaux ou des bains de mer d’Arcachon, et qui les mettent en liberté dans les dunes dès qu’ils n’ont plus besoin de leurs services.
Grâce aux croisements qui, depuis quelques années, ont été faits avec les étalons arabes de l’Etat, et aux soins qui leur sont donnés par presque tous les éleveurs, les chevaux qui peuplent nos landes sont aujourd’hui bien améliorés comme taille. Ils atteignent souvent 1m35 et 1m40. Les plus grands sont recherchés pour la cavalerie légère. » (4)

(4) Edouard Féret, Statistique générale de la Gironde, tome I, page 554.

Attelages de chevaux landais devant le café Goubet à Lège (fonds Luc Dupuyoo, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Une foire au succès grandissant

Le projet est soumis aux avis du conseil de l’arrondissement de Bordeaux et du conseil général de la Gironde. Reconnaissant l’utilité incontestable d’une telle manifestation, « à raison surtout de la production importante des chevaux dans la contrée », les deux conseils se déclarent favorables au projet. Toutefois, ils proposent d’en modifier la date pour des questions de « moralité publique ». En effet, la date du 8 septembre pourrait tomber un dimanche, jour férié et religieux de surcroît. (5)

En novembre 1855, les édiles de Lège acceptent de fixer la date de la foire au premier lundi de septembre, en accord avec les recommandations soumises. Mais ils demandent à ce qu’elle dure alors deux jours, « vu l’importance que cette foire est appelée à prendre par rapport au commerce sur le bétail et surtout sur la race chevaline ». (6) Le conseil municipal renonce finalement à cette dernière demande en juillet 1856, « dans la crainte que de nouvelles formalités administratives retardent pour cette année notre foire et qui serait une grave atteinte aux intérêts de divers commerçants et industriels qui sont déjà préparés pour des transactions ». (7)

La première foire de Lège semble avoir eu lieu entre 1856 et 1858. Elle devient rapidement un haut lieu du commerce du bétail, en particulier des chevaux, comme le relaie le journal La Gironde :

« La foire de Lège, récemment instituée, sera tenue le 5 septembre prochain, jour de lundi. L’an dernier, cette foire, spéciale pour le bétail, donna lieu à de si nombreuses transactions, bien qu’elle fût à son début, qu’il est permis d’espérer que le succès grandira encore pour elle. La commune de Lège et celles qui l’avoisinent produisent de grandes quantités de chevaux de selle, connus sous la désignation de laidons, fort estimés des connaisseurs. » (22 août 1859)

« C’est lundi prochain, 2 septembre, qu’aura lieu la foire de Lège. On sait que cette foire, – de création encore récente, – est devenue le rendez-vous des amateurs de chevaux de selle, qui sont certains d’y trouver en quantité des chevaux landais-laidons, si estimés pour leur jarret, – Les petites vaches landaises abondent aussi à cette foire. » (29 août 1861)

En mai 1860, la municipalité prend des mesures visant à assurer le succès de la foire. Une amende de cinq francs est infligée au propriétaire qui manque à ces prescriptions :

  • Les propriétaires de la commune sont tenus de mener sur le champ de foire les attelages de bœufs ou de vaches, les vaches laitières, les juments, les chevaux et poulains, le quart des vaches de troupeau.
  • Chaque propriétaire est tenu d’y conduire son bétail à partir de onze heures du matin jusqu’à sept heures du soir. (8)

La foire de Lège a dû changer de date plusieurs fois. En 1864, elle est décalée au 10 septembre à cause de la foire de Biganos qui se tient le même jour. (9) L’année suivante, elle est une nouvelle fois reportée au 12 septembre en raison de la foire d’Audenge. (10) Cette date reste inchangée jusqu’en 1892 : la foire se tient désormais le 2ème dimanche de septembre. (11)

En 1904, la commune met gratuitement des emplacements à la disposition des marchands forains et elle accorde une prime aux propriétaires de bestiaux amenés au champ de foire, comme elle l’a fait l’année précédente. (12)

La foire de Lège a perduré au moins jusqu’en 1913. Cette dernière mention figure dans une annonce du journal La France de Bordeaux et du Sud-Ouest. (13)

(5) Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 1855, pages 57-58.
(6) Délibération du Conseil Municipal de Lège, 4 novembre 1855.
(7) Délibération du Conseil Municipal de Lège, juillet 1856.
(8) Délibération du Conseil Municipal de Lège, 27 mai 1860.
(9) Délibération du Conseil Municipal de Lège, 22 mai 1864.
(10) Délibération du Conseil Municipal de Lège, 12 février 1865.
(11) Délibération du Conseil Municipal de Lège, 28 août 1892.
(12) Délibération du Conseil Municipal de Lège, février 1904 ; La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 7 septembre 1904.
(13) La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 11 septembre 1913.

Votre histoire, notre mémoire

“Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque.”
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

Si vous avez des anecdotes à nous raconter ou des photographies à nous communiquer sur d’anciens élevages (de vaches, moutons, chevaux) sur la commune, n’hésitez pas à nous rendre visite ou à nous contacter ! Vos souvenirs nous permettront de mieux faire connaître l’histoire de notre commune.

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79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives.ad@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

Sources et références

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret 

  • Délibérations du Conseil Municipal de Lège-Cap Ferret
  • Fonds Catherine Guillerm : Edouard Féret, Statistique générale, topographique, scientifique, administrative, industrielle, commerciale, agricole, historique, archéologique et biographique du département de la Gironde, tome I, 1878, Féret et fils éditeurs
  • Fonds Catherine Guillerm : Abbé Baurein, Variétés bordeloises, tome 3, 1876, Féret et fils éditeurs

Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF 

  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 1855
  • Rapports et délibérations du Conseil Général de la Gironde, 1864

RetroNews, le site de presse ancienne de la BnF 

  • La Gironde, 22 août 1859
  • La Gironde, 29 août 1861
  • La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 7 septembre 1904
  • La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, 11 septembre 1913

 

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