L’archive du mois de novembre 2020 !

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Lumière sur…Le camp américain du Cap Ferret

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

Ce mois-ci, les Etats-Unis sont à l’honneur aux archives ! Le patrimoine résonne avec l’actualité : l’élection présidentielle américaine et la commémoration de l’Armistice de la Première Guerre mondiale.

L’histoire du camp américain du Cap Ferret a d’ores et déjà été racontée par beaucoup d’historiens locaux. Nous mettons ici l’accent en première partie sur le portrait de 4 soldats, puis en deuxième partie sur les origines de la construction du château d’eau, démoli il y a quelques années.

Portraits

Au 28 janvier 1918, la base aéronavale du Cap Ferret compte 330 hommes et 28 officiers. Lors des recherches effectuées pour l’élaboration de l’exposition commémorant la fin de la Première Guerre mondiale, nous avions pu retrouver les noms de plusieurs dizaines d’entre eux. Bien que l’exposition soit terminée, de nouveaux noms se rajoutent au gré de nos trouvailles. A ce jour, 82 soldats américains ayant été en poste au Cap Ferret sont identifiés. Parmi eux, voici quelques-uns de ces « Sammies » :

Morris Hall BAILEY (1898-1919)
Morris Hall Bailey n’est encore qu’un adolescent lorsqu’il intègre l’U.S. Navy. Officier pilote, il survit à la guerre. Il passe les fêtes de Noël avec sa famille en 1918. L’armée le rappelle et l’envoie sur la base aérienne de Chatham dans le Massachusetts. Il espérait être démobilisé au printemps 1919 et reprendre ses études à Harvard à l’automne suivant. En décembre 1919, il décède dans un accident d’avion sur un aérodrome militaire d’Arcadia en Floride. Il avait servi pendant deux ans. Le cœur brisé, ses parents écrivent un petit livre intitulé « Morris Hall Bailey : In Memoriam » en hommage à leur fils. Il est inscrit sur sa plaque tombale : « A Knight Without Fear and Without Reproach », soit en français « Un Chevalier sans Peur et Sans Reproche ». Une référence à Pierre Terrail, seigneur de Bayard, plus connu sous le nom de chevalier Bayard, dont la vie narrée par l’un de ses compagnons d’armes est à l’origine du personnage du Chevalier sans peur et sans reproche qui symbolise les valeurs de la chevalerie française de la fin du Moyen Âge.

Franck Culver CRADDOCK (1894-1992)
Il s’engage volontairement dans la Navy en décembre 1917 pour des raisons familiales. L’un de ses cousins, l’Amiral britannique Craddock, est mort dans le naufrage de son navire, le « Good Hope », coulé par les Allemands au large du Chili trois ans plus tôt. Il stationne à la base aéronavale de Pensacola en Floride avant de rejoindre la France en janvier 1918. Après quelques semaines passées à Pauillac, il est affecté à la station du Cap Ferret où il occupe le poste de machiniste en second. Il y reste jusqu’au 11 novembre 1918.

Photographie de Frank Culver Craddock, The Akron Beacon Journal from Akron, Ohio, 4 janvier 1918 (Newspapers.com)

Joseph Henry GOWAN (1886-1941)
Originaire de l’Arkansas, Joseph H. Gowan est l’aîné d’une famille de sept enfants. Il grandit dans la ferme familiale de 65 hectares, aidant son père pour les plantations et les récoltes. Faute de trouver un emploi stable, il s’engage dans l’U.S. Navy le 22 août 1911. Grâce à son expérience de télégraphiste, il est recruté en tant qu’apprenti électricien. En janvier 1918, il est dirigé sur Paris dans l’aviation. De là, il est assigné au commandement d’un détachement chargé de la construction d’une base aéronavale à Gujan-Mestras où il est plus tard nommé commandant en second. En avril 1918, il est envoyé au Cap Ferret où il est entraîné à piloter des hydravions jusqu’à la fin de la guerre. A la démobilisation, Joe décide de rester dans l’aviation navale. Ohio, Floride, New Jersey, Hawaii, les Philippines… sa carrière de pilote l’emmène à travers les Etats-Unis et le monde. Le 3 janvier 1941, sur le retour à San Diego, l’avion de transport qu’il pilote s’écrase dans les montagnes. Joseph H. Gowan est inhumé avec les honneurs militaires au cimetière national d’Arlington en Virginie.

Charles Holmes Roberts (1894-1941)
Natif de Brooklyn, New York, Charles H. Roberts mène une riche vie universitaire à Yale. Il s’illustre dans de nombreux sports, dont le football, le basketball et le lacrosse, en tant que joueur ou président d’association. Il y intègre également la chorale. Il devient membre des fraternités et sociétés secrètes Delta Kappa Epsilon et Skull & Bones. Pendant la Première Guerre mondiale, il officie successivement sur les bases aéronavales de Bay Shore, Miami, Pensacola, Pauillac, Moutchic et Cap Ferret. Membre du parti républicain, il entre en 1939 dans la Chambre des représentants du Massachusetts. De retour d’une session à Boston, le 22 octobre 1941, il meurt d’une crise cardiaque dans le train qui le ramène chez lui. Il était pressenti pour devenir le prochain président de la Chambre des représentants du Massachusetts.

Vous pourrez également découvrir l’histoire de sept autres soldats du camp américain du Cap Ferret dans le livret de l’exposition Lège-Cap Ferret dans la Grande Guerre, 1918-2018 :

  • William McKinley Childs
  • Dennis Francis Donovan
  • William Francis O’Brien 
  • Stephen Joseph Matthews
  • Kristian Edward Brunsdale
  • Clarence Edward Flickinger (plus de détails dans la revue municipale Presqu’île n°71)
  • Edward Guy Gibson

Lien vers le livret 14-18.

Le château d’eau des Américains

A leur installation au Cap Ferret, les Américains disposent d’un puits d’un peu moins de 9 mètres de profondeur. Avant l’arrivée des hommes prévue le 6 février 1918, un échantillon de l’eau de ce puits est envoyé pour analyse au laboratoire de l’hôpital de Talence. Aucune bactérie intestinale n’y est retrouvée. Il y a quelques organismes non pathogènes mais le rapport conclue que l’eau est potable. L’approvisionnement en eau est jugé satisfaisant jusqu’en juillet 1918. Entre-temps, une centaine d’hommes est arrivée à la station et deux autres puits ont été creusés.

Le 5 juillet 1918 survient une épidémie de gastro-entérite. Dès les premiers cas d’infection, l’eau est immédiatement suspectée. Des échantillons des trois puits sont analysés. L’eau du premier puits est toujours potable. Ce sont en revanche les deux puits les plus récents et les plus superficiels qui posent problème : la bactérie intestinale du colibacille ou Escherichia coli est présente. Des glacières sont disposées dans le mess, les baraquements et les ateliers. L’eau est bouillie, puis refroidie et traitée avec du chlorure de chaux. Les hommes ne doivent pas utiliser une autre eau que celle-ci pour boire. L’eau utilisée pour la cuisine est également bouillie avant utilisation. L’épidémie disparaît après deux semaines. On compte 18 cas d’infection au total. L’approvisionnement en eau constitue une source de menaces pour la santé de la station.

Après négociations, les Américains obtiennent l’autorisation d’utiliser l’eau d’un puits artésien appartenant à des particuliers. Situé à quelques centaines de mètres de la station, d’une profondeur de 103 mètres environ, ce puits présente une eau de grande qualité. Un réservoir est installé au centre de la station, relié au puits artésien par un tuyau. Un autre réservoir en ciment est construit près du puits pour recevoir le surplus. Au final, ce sont 26 600 à 38 000 litres d’eau qui peuvent être pompés toutes les 24 heures. D’autres canalisations sont installées pour alimenter les autres bâtiments du camp, garantissant un approvisionnement en eau potable. L’installation est opérationnelle le 1er septembre 1918.

Les deux châteaux d’eau du camp américain au Cap Ferret (NH 113654, Naval History and Heritage Command)

Les Américains quittent la station le 7 janvier 1919. Les installations sont ensuite utilisées par une école d’hydravions avant d’être abandonnées. Le réservoir en béton est démoli le 23 février 2015.

Liens vers les vidéos de la démolition du château d’eau en ciment :
https://www.youtube.com/watch?v=D-_-HzYz7yg
https://www.youtube.com/watch?v=uY25UVBHTgY

Votre histoire, notre mémoire

“Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque.”
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

Si vous avez des photographies ou des cartes postales, des anecdotes à nous raconter sur le camp américain du Cap Ferret et ses vestiges, n’hésitez pas à nous les faire partager ! Vos souvenirs nous permettront de mieux faire connaître l’histoire de notre commune.

Contribuez à enrichir cet article !
Service des archives
79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives.ad@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

Sources et références

Internet Archive :

  • Worcester Academy Bulletin, Vol. VIII, No. 1, December 1918

Hathitrust :

  • Annual Report of the Surgeon General, U.S. Navy, Chief of the Bureau of Medicine and Surgery, to the Secretary of the Navy for the Fiscal Year 1919, Washington, Government printing Office, 1919

Yale University Library, Manuscripts & Archives :

  • Bulletin of Yale University, Obituary Record of Graduates of Yale University Deceased during the year 1941-1942, series 39, 1 January 1943, number I, New Haven, 1943

Mississippi Department of Archives and History Digital Archives :

  • Mississippi World War I Statement of Service Cards and Indices, Series 1731: Mississippi World War I Statement of Service Cards, 1917-1919

Newspapers.com :

  • The Akron Beacon Journal from Akron, Ohio, 4 janvier 1918

Goyen Family Tree :

  • Gowen Research Foundation Newsletter, vol. 7, No. 11, juillet 1996

Old Fulton NY Post Cards :

  • Long Island City NY Star Journal, 1941

 

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