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Lumière sur… Les écoles libres

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

En cette période de rentrée scolaire, intéressons-nous aux écoles libres de l’ancienne section du Cap Ferret. Au début du 20ème siècle, les villages du sud de la Presqu’île sont délaissés par la municipalité testerine en matière d’établissements scolaires. Les premières écoles sont fondées et entretenues par des particuliers, des habitants qui n’ont d’autre choix que de payer eux-mêmes un local et un instituteur.

Trois écoles libres, toutes mixtes, sont alors créés aux villages de L’Herbe, du Cap Ferret et de Piraillan. Après plusieurs années, elles deviennent des écoles communales.

L’école libre de la Villa Algérienne

Au début de l’année 1873, Léon Lesca fait construire à ses frais « l’école des dunes de l’océan », une école libre près de sa Villa Algérienne. Bâtie dans le même style mauresque que sa demeure, l’école accueille 25 élèves environ, les enfants de ses employés et des familles d’ostréiculteurs, sous la direction d’un instituteur payé par M. Lesca.

L’Herbe – L’école de la Villa Algérienne derrière le débarcadère (fonds Luc Dupuyoo, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Le 26 août 1873, une distribution des prix y est organisée, en présence du recteur de l’académie de Bordeaux et de deux inspecteurs. Ces derniers ont examiné les élèves la veille. Albin Cuvier, le tout premier instituteur de cette école, rend hommage à son bienfaiteur, Léon Lesca :

« Il y a quelques années, les habitants de ces solitudes profondes au milieu desquelles nous sommes rassemblés, eussent été grandement étonnées, si quelqu’un leur avait dit : Dans quelque temps, vous verrez sur cette plage déserte, s’élever un magnifique palais, et près de cette demeure somptueuse, une école sera bâtie et destinée à l’instruction à vos enfants.
Le propos en effet pouvait paraître étonnant ; néanmoins, ce qu’alors on pouvait traiter de rêve, s’est réalisé depuis six mois. Grâce à M. Léon Lesca, le fondateur de cette école et le bienfaiteur de ces immenses parages qui semblaient être abandonnés, une transformation magique s’est opérée et non seulement ces bords qui paraissaient être déshérités n’ont rien à envier aux grandes cités sous le rapport de l’élégante construction, mais encore ceux qui travaillent et gagnent péniblement leur existence dans ces régions éloignées de tout centre de lumière et d’enseignement, peuvent être tranquilles sur le sort de leurs enfants ; la vie intellectuelle leur est assurée.
Je le répète donc, convaincu d’être en cette circonstance l’écho fidèle de tous ceux qui m’écoutent, grâces, mille fois grâces en soient rendues à M. Léon Lesca ! » (1)

Après une récitation de fables, quatre élèves parmi les plus méritants reçoivent un livret d’épargne ouvert grâce au don d’une habitante d’Arcachon.

Le 14 novembre, les conseillers municipaux de La Teste adressent leurs félicitations et remerciements à Léon Lesca « pour cet acte de bienfaisance et de patriotisme » :

« Cette œuvre inspirée par une générosité éclairée et accomplie avec une modeste spontanéité est d’autant plus louable, qu’elle rend un appréciable service à de nombreux enfants auxquels le Bassin d’Arcachon rendait impossible la fréquentation des écoles publiques. » (2)

Les services rendus à la cause de l’enseignement populaire lui valent en 1887 les palmes académiques.(3)

L’école libre de la Villa Algérienne devient une école communale en 1879. Les années passées dans cette école ne sont pas comptabilisées dans la retraite des enseignants, d’où le changement de statut de l’école.

Plusieurs instituteurs et institutrices se succèdent à la tête de l’école :

  • Albin Cuvier
  • Maleyran dit Touton
  • Jean Martin (vers 1896)
  • Henri Martin (vers 1901-1902)
  • Andrée Maria Camdessus (4) qui a épousé un soldat américain Edward Guy Gibson en 1919

Pendant la Première Guerre mondiale, les enfants participent à l’effort de guerre, par exemple en confectionnant des habits d’hiver pour les soldats (chandails, cache-nez, chaussettes et mitaines, etc.). (5) Les habitants se présentent à l’école de la Villa Algérienne pour retirer leurs tickets de pain, de pétrole et d’essence ainsi que leurs feuilles d’alimentation). (6)

Dans les années 1920, le bâtiment servant d’école à la Villa Algérienne se trouve dans un état de délabrement. La veuve de Léon Lesca offre un terrain et la somme de 10.000 francs pour reconstruire cette école. L’école (pas le bâtiment mais l’institution) est déménagée au Canon dans les derniers jours de janvier 1928.

(1) L’Avenir d’Arcachon, 31 août 1873
(2) Délibération du Conseil Municipal de La Teste, 13 novembre 1873
(3) Annuaire du tout Sud-Ouest, page 491
(4) Plus de détails dans le livret Lège-Cap Ferret dans la Grande Guerre et la revue municipale Presqu’île n°71.
(5) La Petite Gironde du 26 décembre 1914, La Petite Gironde du 12 mars 1915
(6) La Petite Gironde des 28 juin 1918, 25 septembre 1918, 26 octobre 1918, 27 novembre 1918, 27 mai 1919

L’école libre du Phare

Au Cap Ferret, les époux Denis dirigent une école libre au quartier du Phare depuis 1881. Raymond Joseph Denis, natif de la Charente maritime, en est l’instituteur. Sa femme Marie Ernestine Gabaret est la maîtresse des travaux à l’aiguille. Ils sont ensuite remplacés en septembre 1890 par Jean Lestrade. (7)

Le 28 mai 1904, les habitants du quartier présentent une pétition demandant la transformation de leur école libre en école communale. Le Conseil Municipal de La Teste rejette leur demande mais ordonne une enquête pour comprendre pourquoi de nombreux élèves quittent l’école communale de l’Herbe pour fréquenter une école pus lointaine.

Le 26 septembre 1905, M. Cazeaux, au nom de la Société de l’Ecole Libre de la Pointe du Ferret, demande à la commune de prendre en charge les frais d’entretien de l’école. Il propose en échange de céder les revenus de la société s’élevant à 1 000 francs environ. Le Conseil refuse une fois encore, arguant que la municipalité supporte déjà les charges de ses nombreuses écoles et ne peut en supporter une de plus. Il indique d’ailleurs qu’une école communale publique existe dans cette section (celle de Piraillan) et semble être suffisante. D’autant plus que si leur demande est acceptée, les autres quartiers de la section du Cap Ferret pourraient eux aussi réclamer une école.

Il faut attendre le 17 mai 1906 pour que la municipalité de La Teste accepte enfin la création d’une école communale au Cap Ferret. Les habitants de la Pointe ont adressé une pétition au Préfet de la Gironde. Éloignés de l’école publique la plus proche (celle de la Villa Algérienne), vers laquelle il leur est impossible d’envoyer leurs enfants, ils ne peuvent plus continuer à supporter les frais de l’école libre qu’ils entretiennent au quartier du Phare. Leur demande est appuyée par M. Bordelais, l’adjoint spécial de la section. En attendant la construction de cette nouvelle école, un local est loué et un instituteur est envoyé par l’académie. Bien que cette école est censée devenir communale, donc à la charge de la commune, le conseil municipal obtient de la Société de l’Ecole Libre du Ferret qu’elle verse une subvention de 2 200 francs.

(7) La Petite Gironde, 27 septembre 1890. Jean Théodore Lestrade, né le 13 juillet 1863 à La Teste, époux de Marie Jeanne Georgeron.

L’école libre de Piraillan

Le 8 novembre 1898, un groupe d’habitants de Piraillan, originaires d’Arès, créent une école dans leur quartier. « Nous avons l’honneur de vous informer, » écrivent-ils aux édiles testerins, « que vu l’éloignement des écoles sur la côte ouest du Bassin et le nombre des enfants existant dans nos parages, nous fondons ici une école privée dirigée par Mademoiselle Farthouat, (8) institutrice laïque, ancienne élève de l’Ecole normale du département des Landes, pourvue du Brevet Supérieur de l’Enseignement primaire et du certificat d’aptitude pédagogique. » La salle de l’école et le logement de la maîtresse, entièrement neufs, sont construits à leurs frais.

En raison des sacrifices consentis, les habitants demandent au conseil municipal de supprimer les droits d’octroi qu’ils auraient à acquitter pour les matériaux, de payer le matériel scolaire s’élevant à la somme de 210 francs et de leur accorder une subvention. Le conseil accepte de supprimer l’octroi mais aucune subvention étant donné qu’elle n’est pas communale. (9)

Un an plus tard, les habitants de Piraillan demandent à ce que l’école libre devienne communale. Elle accueille alors plus de 20 élèves. Le maire dit qu’il serait possible d’utiliser l’école actuelle bien qu’elle soit en bois et la propriété de quelques pères de famille qui pourraient alors le louer. Le conseil est disposé à accueillir favorablement la demande à condition d’avoir la preuve que les élèves sont bien des enfants dont les parents sont domiciliés sur la commune de La Teste. (10)

Le 11 mars 1900, les habitants présentent une nouvelle demande pour une école communale. Le Conseil Municipal exige un engagement ferme de faire don du bâtiment et du mobilier. Tout projet de transformation est ajourné jusqu’au jour de l’abandon du bâtiment.

L’école libre de Piraillan devient une école communale en 1903.

(8) Catherine Ida Farthouat, épouse de Jean Lacoste, domiciliés à Lévignacq (Landes). Leur fille Suzanne naît en 1909 au Cap Ferret.
(9) Délibération du Conseil Municipal de La Teste, 20 novembre 1898
(10) Délibération du Conseil Municipal de La Teste, 2 septembre 1899

Votre histoire, notre mémoire

“Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque.”
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

Si vous avez des photos à nous faire partager ou des anecdotes à nous raconter sur les écoles, en particulier celles de la Villa Algérienne, de Piraillan et du Cap Ferret, n’hésitez pas à nous rendre visite ou à nous contacter ! Vos souvenirs nous permettront de mieux faire connaître l’histoire de notre commune.

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79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives.ad@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

Sources et références

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Etat-civil de la section du Cap Ferret
  • Fonds Luc Dupuyoo

Les Archives municipales de La Teste :

  • Délibérations du Conseil Municipal de La Teste
  • Les Archives Départementales de la Gironde :
  • Recensements de population de la commune de La Teste

Gallica :

  • L’Avenir d’Arcachon, 10 août 1873
  • L’Avenir d’Arcachon, 31 août 1873
  • Annuaire du tout Sud-Ouest, Édouard Féret, éditeurs Féret et fils, 1907

Retronews :

  • La Petite Gironde, 27 septembre 1890
  • La Petite Gironde, 26 décembre 1914
  • La Petite Gironde, 12 mars 1915
  • La Petite Gironde, 28 juin 1918
  • La Petite Gironde, 25 septembre 1918
  • La Petite Gironde, 26 octobre 1918
  • La Petite Gironde, 27 novembre 1918
  • La Petite Gironde, 27 mai 1919

 

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