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Lumière sur… Le sémaphore du Cap Ferret

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

Nous sommes en décembre 1935. Le mauvais temps se profile à l’horizon. Au Cap Ferret, les guetteurs du sémaphore hissent le signal noir des tempêtes au sommet du mât. Leur pronostic s’avère exact: la tempête se déchaîne sur la côte dans la nuit. 

A leur création, les sémaphores sont avant tout des postes militaires, surveillant les flottes ennemies en cas de guerre. Il s’avèrent également de précieux alliés pour les bateaux, les renseignant sur l’état de la mer par exemple.

Le sémaphore du Cap Ferret existe depuis plus de 120 ans. Contrairement au phare qui a été reconstruit après la Seconde Guerre mondiale, le sémaphore est bien le même depuis sa construction en 1898.

Venez découvrir ses origines et bien plus encore…

Le premier sémaphore du Cap Ferret

Les sémaphores sont instaurés sous le règne de Napoléon Ier. En 1806, il demande au ministère de la Marine de mettre en place un dispositif de surveillance des navires depuis la terre. Charles Dupillon, un officier d’artillerie, propose un système appelé sémaphore. Des postes de surveillance équipés de ce dispositif sont installés tout au long de la côte. L’un de ces sémaphores est construit sur la côte du Cap Ferret. L’état-civil de La Teste de Buch comporte l’acte de décès du tout premier gardien de ce sémaphore. Il s’agit d’André Faure, 74 ans, natif de Bordeaux, décédé le 8 août 1808 : 

« Aujourd’huy huit août dix huit cent huit, nous Pierre Peychan aîné, juge de paix du canton de La Teste, sur l’avis de Guillaume Gouey, nous nous sommes transportés sur le pré sale, au lieu-dit du Hourquet, ou nous avons trouvé un cadavre étendu sur le bord du ruisseau, la face contre terre.
[…] et après avoir tourné ledit cadavre sur son dos et pendant que ledit sieur Jougla le visitait, nous nous sommes aperçus que les cordes qu’il avait sur son dos attachées aporte son petit sac était coupée et le gousset de son pantalon renversé. Sur ce, nous avons invité de nouveau ledit sieur Jougla de faire une exacte recherche sur ledit cadavre afin de s’assurer comment il était mort.
Ledit sieur Jougla nous a affirmé qu’il n’avait point reconnu sur ledit cadavre aucune meurtrissure, ni contusion, et nous a assuré qu’il s’était noyé…
Et pendant cette seconde visite, nous avons reconnu ainsi que ledit sieur Jougla que ce cadavre était celui d’André Faure, garde du sémaphore du Cap Ferret d’Arcachon. »

Acte de décès d’André Faure, 11 août 1808 (Archives municipales de La Teste de Buch)

Les sémaphores disparaissent avec la chute de l’Empire.

Le sémaphore d’Arcachon

En 1862, les sémaphores sont réactivés. Un sémaphore est édifié à la Pointe du Sud, du côté d’Arcachon et à proximité de la Dune du Pilat. Menacé par l’érosion, ce bâtiment ne dure qu’une trentaine d’années. En février 1892, les douaniers du sémaphore quittent la maison qui leur sert de lieu d’habitation. Construite en pierres et en briques cinq ans auparavant, cette maison est menacée par les assauts de l’océan, érodant petit à petit la dune sur laquelle elle est construite. Les tempêtes de décembre 1894 provoquent un éboulement de la dune, compromettant cette fois la sécurité du sémaphore. L’autorité maritime prescrit la mise à l’étude du déplacement de l’édifice.

Le déplacement du sémaphore d’Arcachon au Cap Ferret

En mars 1895, le journal local L’Avenir d’Arcachon réitère l’information : il est question de déplacer le sémaphore pour le soustraire aux érosions de la mer.

Le choix du nouvel emplacement, le Cap Ferret, de l’autre côté du Bassin d’Arcachon, est vivement critiqué, pour des raisons touristiques et militaires :

« Le Sémaphore était pour Arcachon un but d’excursions très fréquenté. Dans une ville où il n’y a ni route, ni tramway en forêt, la seule distraction que réclament les étrangers ; nous perdrons une de nos rares ressources. » (L’Avenir d’Arcachon, 14 avril 1895)

« Le sémaphore a pour but : 1° de voir le large ; 2 ° de surveiller la passe en l’inspectant de haut et d’en signaler les dangers ; 3° de communiquer facilement avec les postes télégraphiques ou téléphoniques.
Le Sémaphore, transporté de la Pointe du Sud sur la plage du cap Ferret, verra moins bien le large, sera plus loin des passes, et, prenant l’entrée par le travers, ne pourra apprécier si la lame est dangereuse ou ne l’est pas ; enfin, sera placé à une distance considérable de tout poste télégraphique. » (L’Avenir d’Arcachon, 21 avril 1895)

« Quant au déplacement du Sémaphore sur la pointe du Ferret, on changerait la corrosion pour l’ensablement, de plus on perdrait la vue du grand large. » (L’Avenir d’Arcachon, 7 juin 1896)

« Un dernier point est enfin à signaler : le sémaphore actuel est à 11 kilomètres environ d’Arcachon et un fil direct le relie à cette localité ou au chef-lieu, La Teste. Celui qu’on se proposerait d’édifier au Cap Ferret ne pourrait communiquer avec La Teste – à moins qu’on n’immergeât dans le bassin un câble sous-marin, qui serait exposé à être détérioré par les ancres des embarcations – que par une ligne autour du bassin, d’une longueur d’au moins 100 kilomètres, dont 25 en pays désert. Il y aurait là encore un sérieux inconvénient en cas de guerre. » (La Petite Gironde, 11 décembre 1896)

Le 10 septembre 1896 a lieu l’adjudication des travaux pour la reconstruction du sémaphore du Cap Ferret à Bordeaux.

En décembre 1896, les guetteurs du sémaphore évacuent en urgence le bâtiment qui menace ruine. Le rivage de ce côté du Bassin s’érode tandis que la lagune du Cap Ferret s’accroit à cette époque. Ils échappent fort heureusement au pire. Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1896, le sémaphore s’effondre sur la plage, balayé par la tempête. Le mobilier et le matériel ont été sauvés quelques jours plus tôt. 

Un décret ministériel du 15 janvier 1897 attribue un terrain domanial de 11 097 m² au département de la Marine pour la construction du nouveau sémaphore au Cap Ferret. Les travaux de construction démarrent en 1897. Ils sont menés par l’entrepreneur de travaux publics Pierre Blavy, un maçon de la Creuse venu s’installer à Arcachon. Le 7 décembre 1897, les deux anciens mâts de la Pointe sont transportés sur des allèges : un mât long de 22 mètres et destiné aux signaux pour la marine marchande ainsi qu’un autre mât, haut de 33 mètres et pesant 25 quintaux, pour la marine de l’Etat. Le nouveau sémaphore est achevé au début de l’année 1898. Il est mis en service le 10 mai 1898.

Cap Ferret – Le Sémaphore (fonds François Bisch, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Il s’agit d’un sémaphore de 1ère catégorie, c’est-à-dire qu’il assure une veille permanente (24h/24) en un lieu dangereux pour la navigation.

« Le Sémaphore est une tour, haute de vingt-trois mètres, destinés à se mettre, par des signaux, en communication avec les navires de l’Etat qui passent en pleine mer. Vous montez cent marches, et vous arrivez au poste, qui est pourvu d’un appareil télégraphique ; dix-sept marches encore, et vous atteignez la plate-forme. Nous vous faisons grâce de l’échelle qui conduit jusqu’au sommet, et mesure encore douze mètres de haut.
Mais, c’est de cette plate-forme que la vue est magique, le panorama immense, l’étendue sans limites.
D’un côté, le bassin et ses passes ; de l’autre, l’Atlantique et … la pleine eau, n’est-ce pas ?
A quelques pas du Sémaphore, se trouve affourché par quatre puissants grelins, le grand mât du Code international, pour signaux aux navires de commerce. A mi-partie de sa hauteur, ce mât est aussi pourvu d’une cabine de guetteurs.
Et c’est tout. Vous avez vu, tout simplement, le plus beau des Sémaphores de France.
On fera peut-être mieux ; on n’avait encore jamais fait aussi bien. » (L’Avenir d’Arcachon, 6 août 1899)

En juillet 1898, afin d’éviter une confusion avec le sémaphore du Cap Ferrat, près de Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le ministre de la marine décide que le nouveau sémaphore du Cap Ferret s’appellera sémaphore d’Arcachon.

VOTRE HISTOIRE, NOTRE MÉMOIRE

“Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque.”
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

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Service des archives
79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives.ad@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

SOURCES ET RÉFÉRENCES

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Etat-Civil de la Teste de Buch, section du Cap Ferret
  • Fonds François Bisch

Les Archives municipales de La Teste :

  • Etat-Civil de La Teste de Buch

Les Archives Départementales de la Gironde :

  • Recensements de population de la commune de La Teste, 1906, 1911, 1926

Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF :

  • Arcachon-saison, 11 février 1892
  • Arcachon-saison, 20 décembre 1894
  • L’Avenir d’Arcachon, 31 mars 1895
  • L’Avenir d’Arcachon, 12 décembre 1897
  • L’Avenir d’Arcachon, 6 août 1899
  • Journal Officiel de la République Française, 27 janvier 1897

RetroNews, le site de presse ancienne de la BnF :

  • La Gironde, 30 avril 1898
  • La Petite Gironde, 5 juillet 1898

 

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