L’archive du mois d’octobre 2019 !

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Lumière sur… Pierre Pauilhac et Rosalie Gastaud

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

L’école d’antan est à l’honneur dans votre prochaine revue municipale (Presqu’île n°75) ! Vous y découvrirez la vie des écoliers aux deux siècles précédents, leurs uniformes, leurs repas à la cantine, les petites particularités de l’éduction à leur époque, etc.

Ce mois-ci, l’une des anciennes écoles de la Presqu’île fête son 125ème anniversaire ! En octobre 1894, Rosalie Gastaud, veuve de Pierre Pauilhac, fait don du terrain de l’école de Petit Piquey qui porte encore aujourd’hui son nom.

Qui sont donc Pierre et Rosalie Pauilhac ? Retour sur leur histoire et leur héritage.

Le chirurgien et la marchande de draps

Fils de Pierre Pauilhac et Marguerite Bourdain, Pierre Pauilhac est né le 16 juin 1813 à La Teste. Il demeure à Arès, un village appartenant à la commune d’Andernos, où il exerce la profession de chirurgien. En mai 1850, alors maire d’Andernos, Pierre Pauilhac met la séparation Andernos-Arès à l’ordre du jour du Conseil Municipal. Elle est votée à l’unanimité. Arès devient une commune autonome le 9 janvier 1851. Le premier maire est Pierre Pauilhac. La rue où se situe l’actuelle mairie d’Arès porte son nom.

Marie Rosalie Gastaud est née le 4 avril 1818 à Andernos. Ses parents, Pierre Gastaud et Marie Ornon, sont marchands de draps. Elle n’a que 20 ans lorsqu’elle épouse Pierre Pauilhac le 29 octobre 1838 à Andernos.

Quelques mois plus tôt, le 2 août, les futurs époux ont signé un contrat de mariage auprès du notaire Jean Clément Soulié.

Extrait du contrat de mariage entre Pierre Pauilhac et Rosalie Gastaud, 2 août 1838 (Fonds Pauilhac / Bardet, Archives municipales d’Andernos-les-Bains, gestion Service d’Archives mutualisé de la COBAN)

Ce contrat est curieusement dressé au Cap Ferret. En 1838, l’endroit est quasi désertique, avec pour seuls habitants une poignée de pêcheurs et les douaniers. Le phare est en cours de construction. D’ailleurs, l’un des entrepreneurs est un témoin lors de la signature de ce contrat. Il s’agit de Jacques Escarraguel, conducteur des travaux publics. Le contrat concerne surtout Rosalie Gastaud et les nombreux biens que lui lèguent ses parents :

« 1° Une maison occupée autrefois par le Sr Daney, située au village d’Arès ; ensemble une grange et un jardin au derrière en dépendant. – 2° Deux chambres désignées sous la dénomination de neuves, attenantes à la maison d’habitation des donateurs […] – 3° Une pièce de terre en lande, appelée la Machinotte, située également à Arès d’une contenance de vingt-quatre ares, entourée de fossés.
Les dits biens constitués dans leur étendue et confrontation légitimes, sont d’un revenu annuel de cent soixante-cinq francs au capital de trois mille trois cent francs. […]
4° Une somme de trois mille francs qu’ils promettent et s’obligent de payer à la future épouse, leur fille, le jour du mariage et sans intérêt jusqu’alors.
5° Les meubles meublans et effets mobiliers dont le détail suit, lesquels seront remis à la future épouse le même jour du mariage, et qui, le mariage consommé, seront réputés reçus, sans qu’il soit nécessaire de produire aucune déclaration, ni reconnaissance qui le constate. 1° Deux lits à bateau entièrement complets et neufs. 2° Une armoire bois de noyer. 3° Dix-huit chaises en bois de cerisier. 4° Douze paires de draps de lit. 5° Quatre douzaines de serviettes avec leur nappe et couvre-nappe. 6° Et enfin deux glaces, le tout neuf et d’une valeur ensemble de douze cent francs. »

Pierre Pauilhac décède le 29 mai 1864 à Arès à l’âge de 51 ans. En l’absence d’enfants, Rosalie hérite de tous ses biens.

La Villa Bardet

En dépit de son nom, la villa Bardet, située au Petit Piquey, appartient à Pierre Pauilhac. Il s’agit d’une réplique de sa villa d’Arès, toujours visible en face du porche de l’église, construite par l’architecte Bardet. La villa, visible depuis la plage, est bâtie sur un terrain de plus de 4000 mètres carrés. Elle comporte deux tours style 1900 et un patio.

Fernand Bardet, ingénieur des Ponts et Chaussées, Chevalier de la Légion d’Honneur en 1919, en hérite à la mort de Madame Veuve Pauilhac. Cette maison de famille est aménagée ensuite en quatre logements. En 1985, l’une des héritières Bardet décide de vendre sa partie à un promoteur. La villa est alors coupée en deux pour permettre la construction du lotissement Les Pinasses.

Aujourd’hui, l’une des tours domine encore le quartier mais il ne reste que la moitié du patio.

Sud Ouest, 17 novembre 1983 (Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Photographie d’une partie de la villa Bardet avant sa démolition (Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

L’école Pauilhac

En 1893, les seules écoles de la commune de Lège se trouvent au bourg de Lège. Les habitants des quartiers les plus éloignés, comme Claouey ou Piquey, réclament une école plus proche de leurs foyers :

« M. le Maire fait part au Conseil municipal du désir que lui ont exprimé plusieurs habitants des quartiers de Piquey, Claouey, Les Jacquets d’avoir dans un temps aussi prochain que possible une école mixte pour permettre aux nombreux enfants de ces quartiers de recevoir les bienfaits de l’instruction dont ils sont privés complètement à cause de l’éloignement de toute autre école. Le Conseil municipal reconnaissant fondé le désir ci-dessus exprimé déclare à l’unanimité y adhérer et prie M. le Préfet de vouloir bien autoriser M. le Maire à s’occuper de cette question. »

L’architecte Fernand Bardet dresse les plans de cette école publique et mixte en août 1894. Le bâtiment est scindé en deux parties : une salle de classe avec préaux et toilettes séparés, et le logement de l’instituteur, comprenant une cuisine, une salle à manger, deux chambres et un jardin.


Plans de l’école Pauilhac dressé par l’architecte Bardet, août 1894 (Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Ce n’est que suite aux démarches auprès de Madame Veuve Pauilhac que le terrain a été trouvé. Le 7 octobre 1894, Rosalie Pauilhac fait don à la commune de Lège du terrain nécessaire pour l’édification d’une école à Piquey :

« Je, soussignée Rosalie Pauilhac née Gastaud, propriétaire au hameau de Piquey, commune de Lège, m’engage à faire don à la commune de l’emplacement nécessaire à l’édification d’une maison d’école dans le cas où le projet soumis à l’administration serait accepté ; à charge par la commune de payer les droits auxquels la présente donation pourra donner lieu. »

Ce terrain est l’une des rares parcelles à ne pas avoir été achetée par les frères Lesca lors de la vente aux enchères d’une grande partie de la Presqu’île organisée par le gouvernement impérial en 1863. Les conseillers municipaux acceptent « avec plaisir et gratitude » le don de Madame Veuve Pauilhac. Elle s’engage également à donner 3 000 francs pour payer une partie des dépenses de l’école et à prêter une autre somme d’argent à la commune.

Malheureusement, Rosalie Pauilhac décède le 11 février 1895 à Arès, avant l’autorisation le 23 mars suivant donnée à la commune. Son don devient alors caduc. En 1896, Madame Bardet, sa légataire universelle, réitère les dons du terrain de 9 ares 25 centiares, des 3 000 francs en argent et du prêt.

Lors du raz-de-marée du 9 janvier 1924, une digue de protection en bordure du Bassin se brise, inondant les maisons et l’école de Piquey qui doit être évacuée pour plusieurs jours.

Le 18 octobre 1925, la municipalité de Lège adopte la nouvelle dénomination de Petit Piquey en « Piquey Pauilhac », dans l’intérêt de la population et des touristes, pour perpétuer le souvenir des créateurs de ce quartier :

« Considérant qu’il existe deux quartiers dénommés Piquey, l’un dans la commune de Lège, l’autre dans la commune de La Teste,
Que les touristes confondent assez facilement ces deux quartiers,
Qu’il est important que le quartier de Piquey (Lège) ne soit plus, à l’avenir, confondu avec le Piquey de La Teste,
Que Monsieur et Madame Pauilhac ont été les créateurs de ce quartier,
Que déjà, sur plusieurs cartes, et notamment sur la carte de l’Etat-major, l’endroit est désigné purement et simplement sous le nom de Pauilhac,
Que le nom de Piquey est déjà très connu :
Emet le vœu : d’accorder le nom de Piquey à celui de Pauilhac et de désigner dorénavant dans tous les actes officiels et administratifs le dit quartier sous le nom toujours employé de « Piquey-Pauilhac ». »

Dans les années 1950, l’école Pauilhac est intégralement transformée en un logement pour l’instituteur tandis que deux salles de classe sont construites à sa droite. L’école ferme ses portes en 1985. Les deux salles de classe sont transformées en bibliothèque, qui devient une médiathèque dans les années 2000. L’ancienne école Pauilhac devient quant à elle une annexe de la médiathèque : la salle Pauilhac, salle d’exposition et de spectacles, est inaugurée en juin 2014.

 

Remerciements

Nous remercions chaleureusement Frédéric Durand, archiviste de la COBAN, qui nous a fait découvrir le fonds Pauilhac/Bardet.

Votre histoire, notre mémoire

“Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque.”
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

Si vous avez des cartes postales ou des photographies sur l’école Pauilhac ou Petit Piquey à faire partager, n’hésitez pas à nous contacter ! Vos souvenirs nous permettront de mieux faire connaître l’histoire de notre commune.

Contribuez à enrichir cet article !
Service des archives
79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives.ad@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

Sources et références

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Délibérations du Conseil Municipal de Lège
  • Dossier de construction de l’école Pauilhac, 1894
  • Permis de démolir PD 82K0522
  • Revues de presse, 1983

Fonds Pauilhac / Bardet, Archives municipales d’Andernos-les-Bains, gestion Service d’Archives mutualisé de la COBAN :

  • 2 août 1838 : contrat de mariage entre Pierre Pauilhac et Marie Gastaut
  • 28 décembre 1860 : donation entre époux à cause de mort par Pierre Pauilhac à Marie Gastaut
  • 15 mars 1864 : testament de Pierre Pauilhac, officier de santé au bourg d’Arès
  • 22 et 25 août 1870 : partage Pauilhac

Les Archives départementales de la Gironde :

  • Etat-civil d’Arès et d’Andernos

 

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