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Lumière sur… La pêche aux sangsues

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

La pêche aux sangsues est une ancienne tradition sur le pourtour du Bassin d’Arcachon. On en trouvait jusque dans les étangs et marais de Lège. Conservées dans des bocaux, elles garnissaient les étagères des pharmacies d’antan et faisaient partie des remèdes de nos grands-mères. Leurs bienfaits médicaux sont encore reconnus et utilisés de nos jours.

Ames sensibles s’abstenir !

L’hirudiniculture en France

Dès l’Antiquité, les sangsues sont utilisées dans le domaine médical. La demande explose au XIXème siècle grâce à la théorie du docteur François Broussais : tous les maux proviennent d’une inflammation du tube digestif, et le seul remède consiste à sucer le sang. C’est également à cette époque que les vertus de leurs morsures sont découvertes. Lorsque la sangsue mord sa proie, elle injecte de la salive qui contient plus d’une trentaine de substances antalgiques, anticoagulantes et cicatrisantes. Certaines d’entre elles sont capables de fluidifier le sang et d’empêcher la formation de caillot sanguin.

L’hirudiniculture, soit la culture des sangsues, débute en Gironde dans les années 1840. Cette nouvelle industrie progresse rapidement, comme le rappelle le journal La Gironde dans son édition du 14 décembre 1855 :

« 5,000 hectares de marais à sangsues s’étendent maintenant jusqu’aux portes de Bordeaux. Gros profits pour les éleveurs, mais redoutable danger pour la population, le desséchement des marécages étant arrêté, de nouveaux marais étant même créés. »

On retrouve les sangsues sur les stands de l’exposition de pêche et d’aquaculture d’Arcachon en 1865 dans la section « Produits servant à la médecine » aux côtés de l’huile de foie de morue et des yeux d’écrevisse.

L’élevage des sangsues est un métier à haut risques. Mieux vaut être prudent aux abords des marais ! Ces petites bêtes voraces sont capables d’avaler jusqu’à dix fois leur poids. Les éleveurs les nourrissent de vaches, de chevaux ou d’ânes :

« Un nombre de chevaux proportionné à la grandeur du marais y sont introduits. Dans un barrail de 2 à 3 hectares on peut mettre à la fois 50 chevaux. Les sangsues s’attachent à la partie inférieure des jambes, les piquent, s’y gorgent.
Leur séjour est subordonné à la quantité de sangsues dont le barrail est garni et à la vigueur des chevaux. C’est ordinairement pendant 4, 5 ou 6 heures que les chevaux fonctionnent.
Immédiatement après ils sont sortis du marais et amenés au pacage, où ils trouvent une nourriture abondante et des soins ; même du foin, de l’avoine. »

Cet éleveur garantit le bien-être des animaux destinés aux repas des animaux. Tout le contraire du récit rapporté par Elisée Reclus dans La Revue des Deux Mondes en 1863 :

« Effaré, hagard et néanmoins résigné, le lourd animal subit avec un étonnement stupide les attaques des suceurs attachés en grappes à son ventre et à ses jambes ; mais au moment où il va succomber d’épuisement, on le fait remonter sur la berge, puis on le ramène au pâturage, pour lui faire reprendre un peu de vie et le préparer à fournir un nouveau repas. Ainsi de deux semaines en deux semaines, l’animal est mangé en détail, jusqu’au jour de la mort définitive. »

La technique de pêche est sensiblement similaire, à la différence que ce sont de jeunes filles qui offrent leurs jambes en pâture. Lorsque le nombre de bêtes fixées est jugé suffisant, la malheureuse pêcheuse sort de l’eau, s’assoit sur la berge et décroche les sangsues soit en les saupoudrant d’une pincée de cendres, soit en les frottant avec un grain de sel ou encore en les arrosant d’un jus de tabac.

Des marais à sangsues à Lège

En 1854, Martin Despujols, maire de Lège, cherche à créer de nouvelles sources de revenus pour la commune. Dans cette optique, il fait voter plusieurs taxes : sur le parcours du bétail, la coupe de bruyères, l’enlèvement des crottins ainsi que l’affermage des lagunes pour la pêche aux poissons … et aux sangsues !

L’affermage des lagunes communales est discutée plus en détail lors de la séance de mai 1854. M. le Maire rappelle à ses conseillers que les marais dont il est question sont « pleins de poissons et abondamment garnis de sangsues », mais qu’ils sont malheureusement « livrés au pillage, parce que la Société des Landes de Gascogne qui en était propriétaire n’y portait pas les soins qu’un pareil produit nécessitait ». Après mûre réflexion, le Conseil Municipal approuve le projet : l’affermage des marais, divisés en cinq lots, sera soumis à une adjudication publique pour un bail de neuf années.

Neuf ans plus tard, les marais sont de nouveaux proposés à l’adjudication. Les heureux détenteurs pourront pratiquer la chasse aux canards et autres oiseaux aquatiques, ainsi que la pêche aux poissons et aux sangsues. Les marais sont désormais répartis en 6 lots comme suit :

  • Les leytes et eaux de l’Escourre et du Crohot de l’Escourre
  • Les leytes et marais des eaux de Béguey jusqu’au canal
  • Les marais et leytes des Hougats
  • Les leytes et marais des Capérans, Rouchins et du Cap de la Lède
  • Les marais du Houginaire, du Braou, des Agaçats, du Pot de Boutey et Bastevieille
  • Les leytes et marais du Croutet et Vieil Estey

Les adjudications se poursuivent jusqu’en 1887. Neuf lots sont à pourvoir pendant cette période, seules les leytes et eaux de Pinchourlin sont ajoutées à la liste.


Plan général de la forêt domaniale de Lège et Garonne (sans date, fonds ONF, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Le dernier élevage de France

Le dernier élevage de sangsues thérapeutiques en France vit à Audenge. Brigitte Latrille, ancienne championne olympique de fleuret, dirige la société Ricarimpex. L’entreprise livre entre 10 000 et 20 000 individus aux hôpitaux français où les sangsues sont utilisées en microchirurgie et chirurgie plastique (greffe, hématomes), en rhumatologie (arthrose du genou). Les sangsues sont également expédiées dans le monde entier, principalement aux Etats-Unis, au Canada, en Corée et en Europe.

Votre histoire, notre mémoire

“Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque.”
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

Si vous avez des photos, des cartes postales, des documents sur les pêches pratiquées sur le Bassin, n’hésitez pas à nous rendre visite ou à nous contacter ! Vos souvenirs nous permettront de mieux faire connaître l’histoire de notre commune.

Contribuez à enrichir cet article !
Service des archives
79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives.ad@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

Sources et références

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Délibérations du Conseil Municipal de Lège
  • Fonds ONF
  • Bulletin de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon n°30, 4ème trimestre 1981

RetroNews :

  • La Gazette nationale ou Le Moniteur Universel, 26 décembre 1865
  • La Petite Gironde, 14 décembre 1905
  • La Petite Gironde, 22 juin 1907
  • La Petite Gironde, 21 septembre 1907

Google Books :

  • A-Ph Laurens, Mémoire sur l’hirudiniculture, 1851

http://leonc.free.fr/histoire/biblio/sangsue.htm

https://www.sudouest.fr/2010/07/13/de-bien-etranges-mares-pres-d-audenge-138232-2742.php

 

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