L’archive du mois de juillet 2019 !

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Lumière sur… La surveillance des plages

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

Cet été, ce ne sont pas moins de 22 plages qui vous attendent sur la commune de Lège-Cap Ferret ! A vous de faire votre choix entre les vagues de l’Océan Atlantique, à l’ouest, ou le calme paisible du Bassin d’Arcachon, à l’est. 22 plages de sable fin pour vous détendre, bronzer ou faire trempette, sous la vigilance des M.N.S. pour certaines d’entre elles.

Mais, au fait, comment c’était la plage avant les M.N.S. ?

Accidents tragiques, règlements de baignades, premiers appareils de secours, apparition de nos M.N.S… Vous découvrirez la petite histoire de la surveillance des plages et donc des baignades.

Des noyades fréquentes

En 1925, Monsieur de Lalyman, président de la Commission de propagande de la Fédération Française de natation et de sauvetage, tire la sonnette d’alarme sur le nombre effrayant de noyades en France.

Sur les 1364 cas de noyades accidentelles recensées en 1924, 640 d’entre elles sont dues à la baignade. Au cours de l’été 1923, le nombre total des morts dues aux noyades serait bien supérieur au total des morts dues aux accidents de chemins de fer, d’avion et d’automobilistes réunis. La moyenne journalière, pour la France seule, du 14 juillet au 15 septembre, atteignait le chiffre effrayant de 20 par jour !

Les noyades au cours de la baignade sont bien trop souvent provoquées

« par l’imprudence des baigneurs, perdant pied sans savoir nager, le manque de surveillance de la part de parents (plages) ou de maîtres (promenades scolaires), de cordes cassant au cours d’une leçon de natation donnée par un professeur ne sachant pas nager lui-même, ceintures prenant l’eau (en particulier faites de bidons mal bouchés), etc. »

Pour les autres cas de noyades, les causes du drame sont également liées à l’inexpérience des personnes qui ne savent pas nager :

« Les chutes les plus fréquentes sont, dans l’ordre de fréquence : celles de marins ou de mariniers rentrant ivres à bord et tombant de la passerelle d’accès à leur bateau ; celles de cyclistes dérapant sur un chemin de halage ; celles de manœuvres travaillant au bord de l’eau ou sur l’eau, principalement à la manutention des péniches, des dragues et des grues ; celles de femmes lavant leur linge ; celles de gens faisant baigner ou boire chiens ou chevaux ; celles enfin de gens endormis au bord de l’eau.
Les promenades en barque finissent le plus souvent tragiquement parce que les rameurs sont inexpérimentés, causant chavirage ou collision et ne sachant non plus nager. Il est à remarquer que, dans ces cas, les victimes sont rarement isolées, le plus souvent deux : deux amis ou camarades d’école ou d’atelier ; deux camarades de régiment ; mari et femme ; père et fils ; mère et fille ; frère et sœur ; et principalement des jeunes ménages ou des fiancés.
La pêche voit surtout des enfants tombant à l’eau en tirant leur ligne, des adultes projetés hors de leur barque en jetant leurs filets, et aussi un certain nombre de marins pêcheurs dont l’embarcation est retournée par une lame. »

M. de Lalyman alerte l’opinion public sur « l’incapacité et l’insuffisance notoire de la plupart des sauveteurs » – « le courage ne suffit pas, il faut aussi « l’art » du sauvetage. » – et sur « l’ignorance trop fréquente des soins à donner aux noyés ».

Pour remédier définitivement à ces noyades, qui peuvent être évitées, il prône la création d’un Institut national de la natation et du sauvetage ainsi que l’enseignement gratuit et obligatoire de l’enseignement dans toutes les écoles.

Sur la commune, de nombreuses personnes sont décédées à la suite de noyades. La plus terrible tragédie est celle du 21 juillet 1947. Ce jour-là, quatorze jeunes filles de 13 à 17 ans, des scouts originaires de Rennes parties pour pêcher des coquillages à marée basse, sont surprises par la marée montante à Piclaouey. Onze d’entre elles n’en réchappent pas.

Piclaouey – Vue générale de la plage (fonds Luc Dupuyoo, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Le premier règlement de baignade à Lège

La circulaire interministérielle du 22 juillet 1948 rappelle aux préfets que la surveillance et la réglementation des bains et baignades se font sous l’autorité du maire : ils sont tenus responsables de la sécurité des baigneurs. Cette circulaire est bien connue puisqu’elle impose l’uniformisation de la signalisation par drapeaux sur la possibilité ou non de se baigner.

La commune de Lège décide de prendre un arrêté réglementant les baignades en juillet 1953. En l’absence de sauveteurs, ce sont le bon sens et la prudence des baigneurs qui sont de mise :

« Article I – La plage du Crohot impossible à surveiller en raison de son étendue, présentant des emplacements dangereux, les baigneurs sont invités à être très prudents et à ne se baigner que par mer très calme. La signalisation par panneaux et affiche sur le caractère dangereux de cette plage sera effectuée à la maison forestière du Crohot en bordure de la piste et la proximité de la plage.
Article II – Les plages de Claouey, Pic-Claouey, Le Four, Les Jacquets et Petit Piquey étant considérés sans danger, demandent cependant la prudence des baigneurs en raison des courants existants au moment de la pleine mer, notamment dans le chenal se trouvant à proximité du rivage de Claouey. Des panneaux et affiches recommandant aux baigneurs d’être prudents seront installés sur ces plages. »

Le matériel de réanimation

En 1948, la municipalité de Lège participe à hauteur de 3 000 francs aux frais d’achat d’un appareil de sauvetage aux bénéfices de la Société de Secours Mutuel Philanthropique de l’Herbe et des Jacquets. En 1951, le Conseil Municipal fait l’acquisition de deux appareils de respiration artificielle et de carbogénothérapie pour les noyés au Crohot. La carbogénothérapie consiste à faire inhaler aux asphyxiés un mélange contenant 93% d’oxygène et 7% d’acide carbonique, un mélange appelé « carbogène », « carboxygène » ou « oxygène carbonique ».

L’appareil de carbogénothérapie des années 1950 (photos Aurélie Dambrun, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

L’effort de la commune en matière de sauvetage est tout à fait louable mais pas encore efficace à 100 %. L’appareil de secours acheté en 1948, tenu à la disposition de la commune de Lège, est placé chez le Docteur Delons au Grand Piquey ! Pire encore, en l’absence d’un local approprié sur la plage du Grand Crohot, le matériel de 1951 est entreposé à la mairie !

Comment faire à cette époque, sans téléphone portable, sans sauveteurs pour vous aider ? Soit vous courez jusqu’au poste téléphonique de la maison forestière du Crohot pour avertir la mairie. Encore faut-il que l’un des deux gardes soit présent et non en patrouille dans ses pignadas. Soit vous roulez à toute vitesse jusqu’à la mairie pour récupérer le matériel. 8 kilomètres et 10 minutes en voiture entre la plage du Grand Crohot et la mairie qui peuvent se révéler fatals pour les personnes en grand danger. Soit vous êtes chanceux et vous tombez sur une personne qui connait les premiers soins.

Le maire de Lège ne peut envisager la construction d’un local adéquat, ni l’installation d’une ligne téléphonique directe, en raison « du petit nombre de baigneurs fréquentant cette plage et de son emplacement un peu désert ne comportant aucune habitation sauf un café installé dans une maison en bois et la maison forestière ». Petit détail absolument incroyable quand on voit aujourd’hui les parkings archi-combles du Grand Crohot l’été. Mais bon, nous n’étions alors qu’en 1953…

La création des C.R.S. M.N.S.

Dans les années 1950, pendant la saison estivale, des personnes civiles assurent la surveillance des plages de la commune, tant du côté Bassin que du côté océan. Jean Jourdian, qui donne des cours d’éducation physique et sportive aux enfants sur les plages de Claouey et des Jacquets, assure la surveillance des plages en échange d’une dispense de taxe. En 1975, le service maritime de la Gironde se déclare « particulièrement satisfait de sa présence, car il exerce en même temps une surveillance bénévole de la plage. » Le garde-champêtre Maucouvert surveille les plages du Crohot, de Claouey, de Piquey et des Jacquets.

Les premiers Maîtres-Nageurs Sauveteurs (M.N.S.), membres des Compagnies Républicaines de Sécurité (C.R.S.), apparaissent en 1958 en Bretagne. L’année suivante, la pratique se développe et des M.N.S. assurent la sécurité des plages du Cap Ferret et d’Arcachon.

Cap Ferret – La plage de l’Horizon, années 1950 (fonds François Bisch, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Cap Ferret – Zoom sur le poste de secours de la plage de l’Horizon, années 1950 (fonds François Bisch, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Vous remarquerez la plage déserte et la petite cabane à droite qui est le tout premier poste de secours des M.N.S. du Cap Ferret (cette carte postale a été envoyée le 7 septembre 1959). On peut lire les initiales « FNS » pour « Fédération Nationale de Sauvetage » et deviner les mots « Poste de Secours » sur le côté gauche.

En 1962, la plage du Grand Crohot est surveillée par des C.R.S. M.N.S. durant la saison estivale de 10h à 12h30 et de 15h30 à 19h. Leur équipement doit comprendre un mât pour signaux, un cornet métallique ou une sirène ou un sifflet, un système de drapeaux (vert, orange, rouge) et une pharmacie pour donner les premiers soins. La police de la plage est assurée par les deux C.R.S. et le garde champêtre.

Aussi expérimentés soient-ils, les M.N.S. sont parfois victimes de leur dévouement. Le samedi 21 juillet 1962, au Grand Crohot, le brigadier Fabien Gutierrez, maître-nageur sauveteur de la CRS 181 de Bordeaux, périt en tentant de porter secours à un groupe de baigneurs happé par une puissante vague imprévisible. Quatre autres personnes seront emportées par l’océan ce jour-là : Jérôme Pugens, étudiant et sauveteur bénévole, Léonard Finckh, sa femme Gertrude Finckh et leur fils Walter Finckh, touristes suisses.

Le 23 mars 1963, le Conseil Municipal de Lège décide de déplacer la zone surveillée de la plage du Grand Crohot, « considérant qu’[elle] s’est révélée dangereuse en raison d’une dénivellation du terrain, peut-être à l’origine des tragiques noyades de 1962 ». La plage sera donc située 200 mètres plus au nord, à peu près à l’emplacement de l’ancien poste de douaniers. Cette solution permet d’utiliser la piste cimentée existante et de diminuer la longueur du caillebotis communal.

En 1969, un nouveau mirador, plus maniable que le précédent, est achetée par la commune afin de continuer une surveillance en marée basse.

Les C.R.S. M.N.S. devant un poste de secours et leur Jeep Willys, années 1970 (fonds photographique de la mairie, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)
Rang debout, à partir de la gauche : Alfredo « Freddy » Castelli, 1er homme ; Guy Médicis, 3ème homme.

Les C.R.S. M.N.S. devant un poste de secours, années 1970 (fonds photographique de la mairie, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)
Rang debout, du 2ème homme à partir de la gauche : Guy Médicis, Alfredo « Freddy » Castelli, Pierre Polat, chef du poste de l’Horizon.

Les M.N.S. en 2019

En 2019, les C.R.S. M.N.S. assurent la surveillance de 4 plages océanes de la commune : les plages du Grand Crohot, du Truc Vert, de la Garonne et de l’Horizon.

LES PLAGES SURVEILLÉES DE LÈGE-CAP FERRET SAISON 2019

Plages du Grand Crohot, du Truc Vert et de l’Horizon
Le week-end du 8 au 10 juin de 12h à 18h30
Du 15 juin au 4 juillet de 12h à 18h30
Du 5 juillet au 1er septembre de 11h à 19h
Du 2 au 8 septembre de 12h à 18h30
Le weekend du 14 et 15 septembre de 12h à 18h30

Plage de la Garonne
Du 6 juillet au 1er septembre de 14h à 18h

 

Remerciements

Un grand merci à toutes les personnes qui ont réagi sur la page Facebook de la ville. Grâce à vos souvenirs, nous avons pu mettre un nom sur certains de nos M.N.S.

Votre histoire, notre mémoire

« Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque. »
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

Si vous avez des anecdotes à nous raconter ou des photographies à nous communiquer sur le sauvetage, n’hésitez pas à nous rendre visite ou à nous contacter ! Vos souvenirs nous permettront de mieux faire connaître l’histoire de notre commune.

Contribuez à enrichir cet article ! 
Service des archives
79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives.ad@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

Sources et références

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Délibérations du Conseil Municipal de Lège-Cap Ferret
  • Arrêtés municipaux de Lège-Cap Ferret
  • Fonds photographique de la mairie
  • Fonds François Bisch
  • Appareil de carbogénothérapie

Retronews, le site de presse de la BNF :

  • La Petite Gironde, 21 septembre 1925

Retrouvez la collection de cartes postales de François Bisch sur son site Internet : http://www.ferretdavant.com/index.php

 

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