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Lumière sur… L’école d’hydravions Villiers au Cap Ferret

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

Les Archives Départementales de la Gironde ont numérisé et mis en ligne de nouveaux documents : les registres paroissiaux et d’état-civil, les matricules militaires annotés, et surtout les recensements de population. Ces derniers nous ont permis de récolter de précieuses informations sur les habitants du Cap Ferret entre 1820 et 1926.

L’année 1926, en particulier, apporte un nouvel éclairage sur l’école de pilotage d’hydravions qui existait au Cap Ferret à la fin des années 1920. La liste recense les pensionnaires de l’école et leurs instructeurs. Découvrez ces hommes, pionniers de l’hydravion, au parcours parfois tragique.

Eugène Camplan et François Villiers

C’est un as de la Première Guerre mondiale, Eugène Camplan, qui crée une école civile de pilotage en 1923 à Bordeaux. Destinée aux élèves boursiers de l’Armée de Terre, elle accueille bientôt des élèves pour le brevet de pilote d’hydravion. Camplan installe alors une annexe de son école dans les hangars laissés vacants par les Américains au Cap Ferret. Les cours théoriques se déroulent à Mérignac tandis que les cours pratiques sont dispensés au Cap Ferret. L’école connaît un grand succès qui attise les jalousies. Face aux nombreux sabotages dont l’école est victime, Eugène Camplan décide de céder l’annexe du Cap Ferret à François Villiers en mai 1926. Celui-ci fournit des avions et des hydravions aux Ministères de la Guerre et de la Marine Française. A partir de juillet 1928, Villiers instaure un service aérien de tourisme sur le Bassin d’Arcachon, proposant des baptêmes de l’air, des promenades et des traversées du Bassin.

L’hydravion Schreck, immatriculé F-AGAX, de l’école Villiers (fonds François Bisch, Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Annonce de l’école dans Paris-Soir, 7 août 1927 (Retronews)

Les pilotes et élèves

Grâce aux Archives Départementales de la Gironde, nous avons pu retrouver les noms de certains pilotes instructeurs et leurs élèves dans le recensement de population de La Teste en 1926. Douze personnes sont recensées, dont deux pilotes aviateurs, sept élèves pilotes, un ajusteur et un mécanicien. Parmi ces personnes, deux hommes sont de nationalité russe. La liste se lit comme suit :

  • Lucien Lambert, pilote aviateur
  • Lucie Dubos, épouse Lambert, modiste
  • Jean Dubos, pensionnaire et ajusteur
  • Raymond Parinet, pensionnaire et élève pilote
  • Roger Ferrie, pensionnaire et élève pilote
  • Emile Veniel, pensionnaire et élève pilote
  • Henri Vallier, pensionnaire et élève pilote
  • Edmond Larbonne, pensionnaire et élève pilote
  • Théodore Klain, Russe, pensionnaire et élève pilote
  • Henri Foury, pensionnaire et élève pilote
  • Pierre Tanguy, pensionnaire et pilote aviateur
  • Nicolas Karpoff, Russe, pensionnaire et mécanicien

Recensement de la Teste, section du Cap Ferret, 1926 (Archives Départementales de la Gironde)

Lucien Lambert, né en 1902, est l’un des instructeurs de l’école Villiers. En juillet 1929, il reçoit la médaille militaire au titre de l’aéronautique maritime. La citation fait mention de ses états de service : « LAMBERT (Lucien), 56327-1, second maître arrimeur, pilote d’aviation ; 7 ans 3 mois de services, dont 5 ans 4 mois à la mer ; 675 heures de vol. »

Pierre Marie Désiré Tanguy est né le 11 décembre 1894 à Douarnenez (Finistère). Son père travaille dans la Marine. Lors de la Première Guerre mondiale, il intègre les Equipages de la Flotte. Il est le deuxième instructeur à l’école du Cap Ferret sur le recensement de 1926. Il s’illustre lors des fêtes aériennes organisées à La Baule en 1929 en remportant la course de vitesse :

« C’est au Cap Ferret, endroit du Bassin si remarquablement abrité, qu’a eu lieu ce départ sensationnel, devant le camp d’hydravions bien connu, et dans des conditions atmosphériques laissant envisager une journée magnifique.
L’appareil était un superbe Schrek (sic) 130 CV, Hispano, immatriculé F. Agax.
Le pilote Tanguy, un des plus expérimentés pilotes français d’hydravions, si apprécié depuis plusieurs années sur ce Bassin d’Arcachon, où il a donné le baptême de l’air à plus de 2.000 néophytes et sans jamais le moindre incident au-dessus d’un panorama prestigieux, pour le plus grand bien de la réputation de la grande station balnéaire du Sud-Ouest, avait avec lui trois passagers : MM. Bodiansky, ingénieur ; Tardy et Karpoff, mécaniciens.
Etaient présents au départ : MM. François Villier (sic), l’ingénieur-constructeur d’hydravions bien connu ; Alfred Duprat, président de l’Aéro-Club du Sud-Ouest, délégué par l’Aéro-Club de France pour le contrôle officiel au titre de commissaire, et Maurice Martin, également délégué par l’A.C.F. comme chronométreur officiel.
L’itinéraire choisi par le pilote entre la station du Cap Ferret et celle de La Baule, pour totaliser le plus de kilomètres possible dans le temps limite sus-indiqué, était : Cap Ferret, Biarritz, retour au Cap Ferret, Rochefort-La Pallice, Lorient, Brest et La Baule.
Le coup d’œil de cette envolée d’un appareil aux lignes particulièrement légères et gracieuses, n’emportant pas moins de quatre personnes, fut magnifique dans les vapeurs mi-lumineuses de l’aurore.
Nous avons eu la satisfaction de voir revenir l’hydravion au Cap Ferret dans le temps prévu, et, après s’y être ravitaillé, il a continué sa route vers le Nord, tout au long des côtes françaises de l’Atlantique, emportant les espoirs des personnes présentes à cette escale du Cap Ferret. »

Il décède le 7 mai 1968 à Brest.

Jean Aristide Dubos est né le 21 mai 1901 à St Médard. Ajusteur à l’école Villiers, il exercera le métier de mécanicien au Cap Ferret. En 1928, il réside à l’Hôtel des Pins. Sa fille Christiane Jeanne Dubos naît le 22 septembre 1928 au Cap Ferret. Il décède le 27 août 1943 au Cap Ferret.


La Petite Gironde, 6 septembre 1943 (Retronews)

Raymond Albert Parinet est né le 19 juillet 1906 à Pouillenay en Côtes d’Or. Membre de l’Aéronautique Club de France dès 1924, il apprend le pilotage d’hydravions au Cap Ferret. Il meurt le 22 août 1979 à Fontaine-lès-Dijon, toujours en Côtes d’Or.


Les Ailes, 12 février 1925 (Gallica)

Edmond Honoré François Larbonne est né le 3 décembre 1905 à Monclar dans le Lot-et-Garonne. En 1926, il figure parmi les élèves pilotes de l’école d’hydravions du Cap Ferret. Il intègre l’Aéropostale en octobre 1927. Il devient par la suite pilote de transports publics pour la compagnie Air France. Son dossier de Légion d’Honneur, dont il est fait chevalier en 1935, loue ses qualités de pilote expérimenté, au sang-froid exceptionnel lors de manœuvres critiques :

« un des meilleurs pilotes de la ligne France-Algérie sur laquelle il compte plus de 3.000 heures de vol (près de 90.000 kilomètres parcourus). Par suite de pannes de moteurs a effectué plusieurs amerrissages forcés en Méditerranée par mauvais temps, sans dommage pour les appareils et a fait preuve dans ces circonstances critiques des plus belles qualités professionnelles. Actuellement en service sur la ligne Marseille-Barcelone par avions terrestres. S’est particulièrement signalé par la régularité des voyages qu’il effectue. »

A trois reprises, Edmond Larbonne est parvenu à faire amerrir son hydravion lors de pannes de moteur ou d’essence. L’un de ses vols lui sera fatal : il décède le 21 janvier 1936 dans le crash d’un hydravion de la ligne Marseille-Tunis, au large d’Ajaccio. Cinq autres personnes périssent dans l’accident, le radiotélégraphiste, le mécanicien et trois passagers. Les trois navigants sont cités à l’ordre de la Nation en février 1936.

Théodore Klein est né à Moscou en 1905, d’un père russe et d’une mère française. Contrainte à l’exil après la Révolution d’octobre 1917, sa famille trouve refuge en France, comme quelques 400 000 autres Russes. En 1925, il s’engage dans l’aviation maritime. L’année suivante, il se trouve à l’école d’hydravions du Cap Ferret en tant qu’élève pilote. En 1928, il passe son brevet de navigateur et devient pilote de ligne à l’Aéropostale. En 1931, il est pilote d’essai :

« Il procède à la mise au point de plusieurs appareils particulièrement dangereux. Sa virtuosité, sa science brillèrent alors d’un très vif éclat. Klein, dans ces circonstances, montra qu’il savait faire face non seulement aux coups du sort, normaux dans un pareil métier, mais à ceux des ingénieurs, qui sont quelquefois encore plus redoutables ! »

Le 29 décembre 1935, il tente de battre le record Paris-Madagascar avec le pilote Pierre Pharabod à Wadi-Halfa au Soudan. Le sol boueux freine l’appareil au décollage, il s’écrase et s’enflamme. Le pilote est tué sur le coup. Klein meurt peu après, les deux jambes fracturées et souffrant de graves brûlures. En tant que pilote de transports publics avions et hydravions, il cumule alors 4 400 heures de vol. Il est cité à l’Ordre de la Nation et fait Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume.

Nicolas Karpoff est né le 14 août 1901 à Novotcherkassk en Russie. Comme Klein, il fuit son pays natal, échappant de peu au massacre de sa famille. En 1925, il rejoint Arcachon pour des spectacles équestres avec ses amis les Cosaques Djiguites. C’est au Cap Ferret qu’il rencontre sa future femme, Elisabeth Destout , qu’il épouse le 1er juin 1926 à Gujan. Leur fille Hélène Cécile naît le 12 janvier 1930 au Cap Ferret. En 1926, on le retrouve mécanicien à l’école Villiers du Cap Ferret. Il devient ensuite chauffeur d’autobus. En octobre 1933, il est arrêté, aux côtés de deux autres hommes, pour escroquerie, vol et recel à l’encontre de la société de transports qui les emploie. Ils remettaient de faux billets aux voyageurs et se partageaient ensuite le montant des sommes reçues. La société s’est rendue compte du stratagème en constatant que le nombre des tickets ne correspondait pas avec celui des personnes transportées. En décembre 1933, Nicolas Karpoff est condamné à huit mois de prison et 2 000 francs de dommages et intérêts.

La fin de l’école Villiers

L’école d’hydravions ferme ses portes seulement quelques années après son ouverture. Le 8 août 1929, lors d’une réunion du Conseil Municipal d’Arcachon, les ostréiculteurs, pêcheurs et plaisanciers exigent l’arrêt des vols en raison de leur impact sur leurs activités. En 1932, une vente aux enchères de leur matériel d’aviation est organisée à l’ancien camp américain.


La Petite Gironde, 12 janvier 1932 (Retronews)

 

Votre histoire, notre mémoire

« Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque. »
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

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79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives.ad@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

Sources et références

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Acte de naissance de Christiane Jeanne Dubos, 1928, Cap Ferret
  • Acte de décès de Jean Aristide Dubos, 1943, Cap Ferret
  • Acte de mariage d’Elisabeth Destout et Georges Maurin, 1937, Cap Ferret
  • Fonds François Bisch
  • Max Baumann, Le Cap-Ferret, collection Le Temps retrouvé, éditions Equinoxe, 2001

Retrouvez les cartes postales de François Bisch et son article sur l’école d’hydravion Villiers sur son site Internet : http://www.ferretdavant.com/index.php?page=articles-ferret-d-avant&choixtitre=3

Les Archives Départementales de la Gironde :

  • Recensement de la Teste, 1906-1926, 6 M 197

Médiathèque de Petit-Piquey :

  • Patrick Boyer et Jean-Michel Mormone, L’aviation, le Bassin d’Arcachon et ses environs, 2014, LR/380 BOY.

Gallica :

  • Les Ailes, 12 février 1925
  • Journal Officiel de la République Française, 5 juillet 1929
  • L’Action française, 8 janvier 1936

Retronews :

  • Paris-Soir, 7 août 1927
  • La Petite Gironde, 15 septembre 1929
  • La Petite Gironde, 12 janvier 1932
  • La Petite Gironde, 23 octobre 1933
  • La Petite Gironde, 19 décembre 1933
  • Le Petit Marseillais, 31 décembre 1935
  • La Petite Gironde, 6 septembre 1943

Base Léonore des Archives Nationales :

  • Dossier de Légion d’Honneur d’Edmond Larbonne, cote LH/1481/32

 

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