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Lumière sur… Les curés de Saint-Pierre de Lège

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

Après la chapelle du Four (Presqu’île n°64), le presbytère de la Villa Algérienne (L’archive du mois de décembre 2017), les vitraux des églises (Presqu’île n°72) et le temple protestant du Cap Ferret (L’archive du mois de janvier 2019), nous vous invitons à partir à la découverte de l’histoire des curés de la paroisse de Saint-Pierre de Lège.

Trois d’entre eux sortent de l’ordinaire : André Dupuy, qui a abandonné la vie ecclésiastique pour la vie conjugale ; Auguste Frémont qui refusait de payer le loyer du presbytère ; Louis Porterie, qui est resté le plus longtemps curé de Lège.

L’abbé Dupuy, de la prêtrise au mariage

André dit Daniel Dupuy est né le 1er mai 1852 à Couthures-sur-Garonne dans le Lot-et-Garonne. Inscrit séminariste à l’âge de 20 ans, il reçoit les ordres majeurs le 19 février 1879. Son poste de curé à la paroisse de Saint-Pierre de Lège sera de courte durée. Sa vie privée défraie la chronique en 1880. A cette époque, la presse locale est secouée par de nombreux « scandales » de curés du canton d’Audenge qui ont eu le « tort » de tomber amoureux d’une de leurs paroissiennes. André Dupuy, 28 ans, s’est épris d’une jeune demoiselle Gorry.


Le Siècle, 29 octobre 1880 (Retronews)

Le 20 octobre 1880, André Dupuy, désormais agent d’affaires, épouse Marie Mélanie Gorry à Lège. Leur unique fils Arnaud Gabriel naît le 6 mai 1881 à Bordeaux. Son nom reste à jamais gravé dans l’histoire de la commune de Lège. Il est l’un des 48 Légeots Morts pour la France durant la Première Guerre mondiale. Sergent à la 5ème section d’infirmiers militaires, Arnaud Gabriel Dupuy décède le 10 décembre 1918 à l’hôpital temporaire n°25 de Pont-Sainte Maxence (Oise) des suites de grippe et de congestion pulmonaire.

L’ancien curé Dupuy fait encore parler de lui dans la presse locale après son mariage. Il est condamné à deux ans de prison en 1883 pour détournements, puis 6 mois de prison pour escroquerie en juin 1885.


La Petite Gironde, 28 juin 1883 (Retronews)

L’abbé Frémont et les impayés de loyer

Né le 23 mai 1870 à Pauillac, Auguste Frémont est le curé de Lège de 1899 à 1907. Il remplace l’abbé Le Péron, décédé des suites de la variole. Dès ses débuts, il s’investit dans sa paroisse. L’église vieillissante a grand besoin de travaux (carrelage et lambris à réparer, toiture à remanier). Il propose un projet de réparation au maire Henri Guérin en mai 1899. Un ami architecte a évalué les travaux à la somme maximum de 6000 francs. Le curé comprend bien que la commune a peu de ressources et ne souhaite pas accroître ses dépenses.

Pour financer les travaux, il est prêt à abandonner le tiers du supplément qu’il lui a été accordé, soit 100 francs par an, et ce jusqu’à extinction de la dette. Il pense pouvoir obtenir de l’aide du conseil de fabrique et de la population. L’Etat pourrait même participer. Dès 1900, diverses ébauches de projets de réparations sont engagées. Mais le conseil de fabrique de l’église s’y oppose :

« Les réparations projetées ne lui paraissent pas suffisantes, vu l’état général de délabrement de l’Eglise, la nef principale n’étant pas en état elle-même de mettre à couvert les fidèles et ne leur donnant pas une sécurité complète. »

Les relations entre l’abbé Frémont et la municipalité se gâtent quelques années plus tard. Suite à l’adoption de la loi de 1905 sur la séparation de l’Etat et de l’Eglise, la mairie loue désormais le presbytère au curé du village. En décembre 1906, l’abbé demande un loyer annuel de 10 francs maximum. Le Conseil Municipal accepte la proposition mais la délibération du 21 décembre est annulée par arrêté préfectoral en janvier 1907. Au mois de mai, les édiles de Lège proposent un nouveau bail au curé pour un loyer annuel de… 120 francs ! Le curé refuse de payer une telle somme, beaucoup trop élevée pour lui. Il cherche néanmoins à trouver un compromis avec la commune.


L’une des nombreuses lettres échangées entre l’abbé Frémont et le maire de Lège (Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Le 26 septembre, il fait une offre au maire :

  • un loyer de 50 francs par an
  • le droit de sous-location ou cession au successeur éventuel
  • les impôts fonciers sont à la charge de la commune mais les impôts mobiliers reviennent au curé
  • les grosses réparations sont à la charge de la commune et les réparations locatives sont aux frais du curé

L’abbé Frémont est assuré du soutien des habitants :

« la population en majorité catholique nous en sera gré car son désir manifeste et unanime, vous le savez, est que le desservant reste dans la commune et puisse y vivre convenablement sans que les charges des habitants en deviennent plus lourdes, ce qui ne saurait être si, faute de ne pouvoir payer un loyer trop élevé pour lui, Mr le Curé devait quitter le presbytère. »

Le maire et les conseillers ne reviennent pas sur leur décision. Le 23 octobre, le Préfet indique au maire que, le curé ayant refusé de payer le loyer du presbytère, une mise en demeure pour évacuer l’immeuble communal doit lui être adressée. Il risque sinon une expulsion manu militari. Le maire prévient alors l’abbé Frémont le 27 octobre suivant et lui donne un délai de 15 jours pour faire ses valises. Au 10 novembre, date de l’expiration du délai, le curé n’est toujours pas parti. En conséquence, le Préfet ordonne au maire de procéder à son expulsion. Il n’aura pas à recourir à cette option. Auguste Frémont quitte la commune le 21 novembre 1907 après avoir fermé l’église et remis les clefs à une personne qui n’a aucune qualité pour les recevoir.

D’après Isabelle Verdier, Auguste Frémont serait resté curé de Lège quelque temps :

« Chassé de la cure, l’abbé Frémont n’en demeurait pas moins curé de Lège. Il logea quelques mois à Ignac, chez Courbin. Chaque matin, bréviaire en main, il traversait le village pour aller dire sa messe. Lorsque, comme les autres contribuables, il reçut du receveur municipal l’avertissement d’avoir à payer la taxe pour l’entretien des chemins vicinaux ou de s’acquitter en nature, il choisit de s’acquitter en nature.
Quand le temps fixé pour les prestations arriva, on vit le curé de Lège assis au bord de la route, près d’un tas de pierres, les cassant avec un marteau, ou poussant une brouette en bavardant gaiement avec ses compagnons, travailler comme un cantonnier. De mémoire de chrétien, on n’avait jamais vu, à Lège, un curé en soutane casser des cailloux ! »

Il officie ensuite à Arsac et y vit pendant cinquante ans. Le monument paroissial 1914-1918, qu’il a offert à la commune en 1924, porte l’inscription « In memoriam A Te Frémont curé d’Arsac ». Une rue lui est dédiée. Il meurt le 15 avril 1958 à l’âge de 87 ans.

En mai 1908, le Conseil Municipal propose au nouveau curé, l’abbé Porterie, un loyer annuel de 50 francs…

L’abbé Porterie, témoin des périodes troubles

Louis Porterie est né le 17 novembre 1872 à Caudéran. Ordonné prêtre le 12 juin 1897, il officie à Saint-Médard-en-Jalles et Saumos avant de rejoindre la paroisse de Saint-Pierre de Lège en 1908, en remplacement de l’abbé Frémont. Il passe près de quarante ans au chevet des paroissiens légeots avec qui il traverse les grandes tragédies de ce siècle, les deux guerres mondiales.

Rappelé en août 1914 lors de la mobilisation générale, l’abbé Porterie est affecté à la 18ème section des infirmiers militaires. Il est envoyé à la 9ème section des infirmiers en avril 1918. Après la guerre, en qualité de curé et d’ancien combattant, il assiste à toutes les cérémonies en souvenir des enfants de Lège morts au champ d’honneur. Au cours de l’inauguration du Monument aux Morts de Lège en novembre 1921, il « prononce une émouvante allocution qui impressionne vivement l’assemblée ». Il préside également les réinhumations des soldats Roux, Despujols et Cougoureux en 1922.

Les projets de reconstruction de l’église reprennent dans les années 1920. L’abbé Porterie est favorable au premier projet de l’architecte Ormières, celui d’un édifice surmonté d’une flèche :

« Lège s’embellit de jour en jour. Lège reçoit, l’été, la visite des touristes ; l’église, comme partout, attire leur attention. Déjà charmés par l’aspect propret et élégant des habitations, combien plus agréable et plus complète serait l’impression que laisserait dans leurs âmes la vue d’une flèche, élevant dans les rues, sa silhouette gracieuse, fine, dentelée, et dans l’âme des Légeois se réveillerait, avec une fierté légitime, l’amour plus profond de leur petite patrie aux yeux de laquelle tous aurez (sic) alors bien mérité. »

Il fait d’ailleurs don d’anciens chapiteaux trouvés dans les murs de l’ancienne église à la Société Historique et Archéologique d’Arcachon en 1932.


Extrait d’une lettre de l’abbé Porterie au maire de Lège à propos de la reconstruction de l’église (Archives Municipales de Lège-Cap Ferret)

Lors de la Seconde Guerre mondiale, l’abbé Porterie reste à Lège. Aux côtés du maire et des membres du comité du Secours National, il préside la Fête de l’Arbre de Noël en 1942 au profit des enfants de prisonniers et familles nombreuses. En fin de carrière, l’abbé Porterie préside la poignante cérémonie rendue aux 11 jeunes filles, des scouts originaires de Rennes, mortes noyées le 21 juillet 1947 à Piclaouey. Il quitte ses fonctions cette même année.

Il décède le 17 septembre 1951 à Bordeaux. Il est inhumé au cimetière de Lège.

Liste des curés de la paroisse de Saint-Pierre de Lège

Cette liste non exhaustive peut comporter quelques erreurs, certaines dates n’étant pas identifiées exactement.

17ème siècle
1640 Abbé Daubin
16.… Jean Duvignau, inhumé le 4 juillet 1679 à Bommes (Gironde).
vers 1692-1694 Abbé Lardin

18ème siècle
1731 Joseph Moisset
vers 1737-1744 Jean Leymeses/Laymeses. Décédé le 15 octobre 1744.
1744-1756 Abbé Sabbattier
1756-1762 Abbé Tarbe
1762-1767 Pierre Lacroix. Décédé le 1er juillet 1767 à Lège.
1767-1786 Abbé Chartres. Décédé le 27 août 1786 à Lège.
1786-1787 Soutard de Sourty (?)
1788-1790 Abbé Dufour
1790-1792 Abbé Ferrand
à partir de 1793 Abbé Compastrucq

19ème siècle
1863-1869 Abbé Chaloupy
vers 1869 Abbé Miramont
avant 1873 Théodore René Forget (1817-1873). Décédé le 8 septembre 1873 à Lège.
vers 1873 Louis-Jean-Baptiste Saboureau (1838-1903).
vers 1880 André Dupuy
avant 1898 Jean Marie Joseph Péron dit Le Péron (1839-1898). Décédé le 3 novembre 1898 à Lège.

20ème siècle
1899-1907 Auguste Frémont
1908-1947 Louis Porterie
avant 1969 Raymond Jean Gire (1906-1969). Décédé le 14 août 1969 à Lège.
avant 1972 Pierre Escarry, décédé le 2 janvier 1972.
1972-1978 Jacques Barnagaud (1931-2018).

21ème siècle
1979-1995 Yves Caillet (1918-2010).
1992- 2000 Jean-Marie Peyraud (1931-2011).
2003-2012 Henri Augustin
2008-2017 Dominique Le Grix de la Salle
depuis 2017 Guy Météreau

 

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« Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque. »
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

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Sources et références

Archives Municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Dossier sur l’église de Saint-Pierre de Lège
  • Bulletin de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon n°34, 1982

Retronews, la bibliothèque numérique de la BNF :

  • Le Siècle, 29 octobre 1880
  • La Petite Gironde, 28 juin 1883
  • La Petite Gironde, 3 décembre 1921

Revue Historique du Pays de Buch n°16, avril 1932, p.51.

 

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