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L'archive du mois de mars 2018 !

L'archive du mois de mars 2018 !
Lumière sur... Le monument Guyot de Salins. Ce mois-ci, retour sur le naufrage du 16 octobre 1883 sur le Bassin d'Arcachon.
Publié le jeudi 01 mars 2018

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.


 

Lumière sur…Le monument Guyot de Salins

 

À proximité de « La Forestière » au Cap Ferret, s’élève un petit monument en mémoire de Ferdinand Guyot de Salins, inspecteur adjoint des forêts à Arès. L’histoire retient l’héroïsme dont il a fait preuve, au péril de sa propre vie, en portant secours à son brigadier Louis Popis lors du naufrage de leur bateau en 1883. Des quatre hommes présents sur la baleinière ce jour-là, seuls deux en réchappent, les gardes Ducamin et Bousquet. Salins et Popis disparaissent sous les flots.

Ce mois-ci, nous retraçons leurs histoires respectives et le drame qui s’est noué sur le Bassin d’Arcachon ce jour de tempête d’octobre 1883.


Enfances et scolarités

Ecole Nationale des Eaux et Forêts à Nancy (AgroParisTech)Ferdinand Marie Victor Louis Guyot de Salins naît le 6 juin 1859 à Lorient (Morbihan) dans une famille noble et pieuse. Son père, Victor Marie Joseph Guyot de Salins, est avocat, et sa mère, Marie Antoinette Caroline Henriette Lavallée de la Gilardie, consacre son temps à de nombreuses œuvres de charité. Ferdinand Guyot de Salins entre au collège Saint-François-Xavier dirigé par les Jésuites à Vannes (Morbihan), où il est reçu bachelier ès lettres. Il obtient ensuite le diplôme de bachelier ès science au collège de la rue des Postes. Il entre à l’Ecole Forestière de Nancy comme major de la 55ème promotion en 1879. A sa sortie, il est nommé garde-général à Arès par arrêté du 7 septembre 1881.

L’Ecole Nationale des Eaux et Forêts à Nancy (AgroParisTech)

Louis François Popis naît le 6 août 1837 à Bourret dans le Tarn-et-Garonne. Son père, François Popis, est boulanger, et sa mère, Antoinette Fourniol, est cuisinière. Son épouse Jeanne Marie Clémentine Labrune lui donne trois enfants : Joseph Guillaume, né en 1874 à Betchat (Ariège), Marie Antoinette, née en 1878 à Foix (Ariège) et Germaine, née en 1881 à Foix (Ariège). Il occupe le poste de garde forestier puis devient brigadier forestier vers 1881, probablement en Ariège, avant d’être nommé à Arès.

 

 


Le drame

Le 16 octobre 1883, Ferdinand Guyot de Salins, inspecteur-adjoint des forêts, et ses trois préposés, le brigadier Popis et les gardes Ducamin et Bousquet , rentrent de tournée à travers le bassin d’Arcachon. A l’époque, il est plus facile d’accéder à la presqu’île par bateau. Ils regagnent Arès lorsqu’une violente tempête se lève. La mer est houleuse et le vent souffle avec

violence. Soudain, la drisse qui retient la voile se rompt. Salins grimpe au mât pour réparer les dégâts mais le poids de son corps fait chavirer la barque. Les hommes tombent à l’eau et tous se tiennent à la quille renversée. Aucun des préposés ne sait nager.

Dans leur malheur, leur naufrage s’est produit assez près du rivage (500 mètres) pour que leurs cris de détresse soient entendus par des employés de la Villa Algérienne, appartenant à M. Lesca, conseiller général de la Gironde. Maxime Bordelais, garde-réservoir, court à la villa, et avec le concours de François Dubos, marin, et de Lucine et Darriet, résiniers au service des Lesca, mettent une embarcation à l’eau.

Le Figaro, 20 octobre 1883 (Retronews)Mais le brigadier Popis, épuisé par les fièvres paludéennes, lâche bientôt prise et disparaît, emporté par la houle. Son jeune chef, excellent nageur, se jette sans hésitation dans les flots en criant : « Tenez-vous bien à moi, brigadier, je vous sauverai ». Ferdinand Guyot de Salins disparaît à son tour. Une demi-heure plus tard, les deux gardes rescapés sont recueillis par l’embarcation envoyée par M. Lesca. Ils sont transportés à la Villa Algérienne où ils reçoivent les premiers soins. L’un d’eux est si malade qu’il faut plus d’une heure d’efforts pour le ramener à la vie.

Tel est le drame raconté par le Marquis de Belleval dans sa biographie consacrée à Ferdinand Guyot de Salins publiée en 1891. La version du naufrage relatée par la presse de l’époque est légèrement différente : Salins puis Popis lâchent prise.

Le Figaro, 20 octobre 1883 (Retronews)

 

 


Emotion et recherches

Le 23 octobre suivant, à 9h30, est célébré à Arès le service religieux pour le repos de l’âme des malheureuses victimes. L’église, richement ornée de couronnes de fleurs, est à peine suffisante pour contenir la nombreuse assistance. Le deuil est conduit par MM. Guyot de Salins père, avocat à Lorient, et Lavallée, son beau-frère, ancien magistrat au tribunal de Vannes. Après l’Evangile, le curé d’Arès, l’abbé Bahougne, se tourne vers l’assistance et lui adresse les paroles suivantes :

Mes bien chers frères,

Suivant le désir du vénérable père du cher et regretté M. Ferdinand Guyot de Salins, je recommande à vos prières son fils et le brigadier Popis : j’offre, pour le repos de leurs âmes, le saint sacrifice de la messe.

Grâce à Dieu, l’un et l’autre ont été des modèles de vertu et de piété chrétienne.

Le brigadier Popis comptait vingt-sept années de bons et loyaux services. Il laisse trois enfants en bas âge et une veuve désolée, qui trouvera, nous l’espérons, de grandes consolations dans sa foi et dans sa piété.

Quant à notre cher Ferdinand Guyot de Salins, l’immense douleur et la profonde délicatesse de son père me défendent de vous rappeler ses belles et rares qualités. Vous vous souvenez de sa conduite loyale et franchement chrétienne : il a été héroïque dans sa mort en voulant sauver la vie de son brigadier.

Faites, mon Dieu ! que l'exemple de ses vertus reste gravé dans le souvenir de tous ceux qui l'ont connu.

Au nom de sa pieuse famille, au nom de l'affection que vous lui portez, priez pour lui en ce moment. Son âme si généreuse intercédera pour vous dans le ciel, où je désire que, tous, nous le retrouvions un jour.(1)

Acte de décès de Louis Popis (Archives municipales de La Teste)Après l’office, M. Guyot de Salins reçoit au presbytère la visite des autorités forestières, de la douane et des notables, des habitants d’Arès et des amis de son fils.

Pendant près de cinq mois, la population d’Arès et des villages voisins ne cesse de rechercher les corps des deux malheureuses victimes. L’Administration forestière procède à de nombreuses recherches à l’aide de grands filets traînés attachés à des embarcations. Ces opérations sont dirigées par un marin expérimenté, Daney, plus connu sous le nom de Bélisaire.

Le corps du brigadier Popis est rejeté à la pointe du Cap Ferret le 4 novembre 1883.

Acte de décès de Louis Popis, 4 novembre 1883 (Archives Municipales de La Teste)

 

 


Acte de décès de Ferdinand Guyot de Salins (Etat-civil dArès)Dans la nuit du 11 au 12 mars 1884, une tempête semblable à celle qui a causé le naufrage souffle sur le Bassin. Elle dégage le corps de Ferdinand Guyot de Salins enseveli sous le sable. Il est finalement retrouvé par des pêcheurs d’Arès, flottant sur le Bassin d’Arcachon. Il avait pu se débarrasser de ses vêtements les plus lourds. On a retrouvé sur lui son chapelet et une médaille d’or au cou. La mère de Salins succombe à son chagrin quelques jours seulement avant la découverte du corps de son fils.

Acte de décès de Ferdinand Guyot de Salins, 11 mars 1884 (Etat civil d’Arès)

 

 

 

 


Les obsèques

Louis Popis est enterré le jour de la Toussaint en 1883. Le 4 novembre 1883, un correspondant particulier écrit d’Arès au journal La Petite Gironde à propos de l’hommage rendu au brigadier :

Hommage a été également rendu au brigadier Popis dont les bons et loyaux services étaient depuis longtemps appréciés. Sur sa tombe, M. Moyle, inspecteur des forêts à Bordeaux, a rappelé la probité de ce modeste fonctionnaire et s’est fait l’interprète des profonds regrets que la mort de MM. de Salins et du brigadier Popis causent à tous ceux qui les avaient connus.(2)

Faire-part de décès de Ferdinand Guyot de Salins (Geneanet)Le corps de Ferdinand Guyot de Salins est ramené à Arès, puis envoyé vers Auray (Morbihan), sa ville natale, pour ses obsèques. Le curé d’Arès tient à accompagner le corps jusqu’à sa dernière demeure. Les obsèques ont lieu le 20 mars 1884 à l’église de Saint-Gildas d’Auray.

Faire-part de décès de Ferdinand Guyot de Salins (Geneanet)

M. Poucin, conservateur des forêts à Alençon (Orne) loue ses nombreuses qualités :

Ses dispositions naturelles, l’élévation de ses sentiments, la droiture de son caractère, sa docilité aux conseils de ses chefs, son amour de la forêt lui assuraient une brillante carrière. Si elle n’a pas été longue, il faut s’en prendre aux qualités éminentes de son cœur dont il a été l’infortunée victime. Sa générosité, son dévouement ne connaissaient point de bornes, vous en avez la preuve dans sa fin héroïque.(3)

Il conclue son discours par ces paroles empreintes d’une vive émotion :

Ferdinand de Salins, mon jeune camarade, mon cher ami, je suis venu jusqu’ici pour vous dire mon dernier adieu ; je suis venu aussi, envoyé par l’Administration, pour recueillir la part du corps forestier dans l'héritage d’honneur que vous laissez après vous. Que de fois je vous ai entendu dire que vous étiez fier d'être des nôtres ! le corps vous le rend bien aujourd’hui, et, je vous l’assure, il s’enorgueillira toujours de vous avoir compté parmi ses membres.

Puis M. Bonhomme de Lajaumont, garde général à Blois (Loir-et-Cher), s’exprime au nom de la 55ème promotion de l’Ecole Forestière de Nancy :

Je viens aussi au bord de cette tombe offrir un dernier hommage à mon cher défunt, et je viens exprimer ici les regrets de tous ses camarades, de l’Ecole forestière et particulièrement de ses camarades de la cinquante-cinquième promotion. Tous l’ont trop connu pour ne pas l’aimer, et je sais qu’il avait l’estime et l’affection de tous. Personnellement j’ai vécu, pendant deux ans, plus près de lui que tout autre, et ce que l’on devait peut-être admirer le plus en lui, c’était sa conduite exemplaire, c’était sa bonté de cœur, c’était aussi son dévouement sans bornes dont le dernier acte de sa vie est la preuve éclatante.(4)

 


Le monument

Cap Ferret - Monument Guyot de Salins (coll. Fabien Lasserre)Les camarades de l’Ecole Forestière et les amis de Salins ouvrent une souscription pour élever un monument à sa mémoire. La souscription est étendue aux forestiers qui « voudraient participer à une œuvre destinée à honorer la mémoire d’un agent forestier mort pour avoir voulu sauver la vie d’un de ses subordonnés » (5). M. Buffault, garde général à Cosne-sur-l’œil (Allier), reçoit les souscriptions jusqu’au 31 août 1884. Le montant des sommes versées s’élève à 1 302 francs, dépensées ainsi : 1 060 fr pour la construction et pose du monument, 190 fr 77 pour la pose des bornes et chaînes, 51 fr 23 pour les frais d’impression et correspondance.

Cap Ferret – Le Monument Guyot de Salins (coll. Fabien Lasserre)

Le monument est érigé sur un petit tertre au Cap Ferret. En forme de pyramide, il est construit en pierres de Sireuil, reposant sur un socle prismatique et entouré de quatre bornes reliées par des chaînes en fer forgé.

Sur l’une des faces est apposée une plaque de marbre sur laquelle est gravée l’inscription suivante :

 

A la mémoire de

Ferdinand GUYOT de SALINS

Inspecteur adjoint des forêts mort en vue de cette plage le 16 octobre 1883.

La baleinière de l’administration ayant chaviré, il se jeta courageusement au secours du brigadier Popis que la vague emportait et disparut avec lui dans les flots. Tous deux périrent, l'un victime de son dévouement, l'autre de son devoir.

Les camarades d’école et les amis de M. F. de Salins lui ont élevé ce monument.


 

Notes

(1) L'Univers, 5 novembre 1883

(2) La Petite Gironde, 7 novembre 1883

(3) Revue des Eaux et Forêts, 1884, pages 171-173

(4) Revue des Eaux et Forêts, 1884, page 173

(5) Revue des Eaux et Forêts, 1884, page 242


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Sources et références

Archives Municipales de Lège-Cap Ferret:

  • Carte postale ancienne

Archives Municipales de La Teste-de-Buch :

  • Acte de décès de Louis Popis

Mairie d’Arès, service de l’état-civil :

  • Acte de décès de Ferdinand Guyot de Salins

Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF :

  • Journal des débats politiques et littéraires, 1884
  • Revue des eaux et forêts, 1884 et 1886
  • Ferdinand-Marie-Victor-Louis Guyot de Salins, inspecteur adjoint des forêts, lieutenant aux chasseurs forestiers, 6 juin 1859-16 octobre 1883, Marquis de Belleval, Perrin (Paris), 1891

Retronews, site de presse ancienne de la BNF :

  • Le Figaro, 20 octobre 1883
  • L’Univers, 5 novembre 1883
  • La Petite Gironde, 7 novembre 1883
  • L’Univers, 17 mars 1884

Geneanet :

  • Faire-part de décès de Ferdinand Guyot de Salins


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