La presqu’ile de Lège-Cap Ferret compte 10 villages. Chacun d’eux possède son charme et ses particularités. Découvrez leur histoire souvent méconnue.

Lège

Capitale administrative de la commune, le village de Lège se serait déplacé trois fois sous les assauts du sable au cours de son histoire jusqu’à son emplacement actuel. Lège est une terre ancienne tournée vers l’agriculture, l’élevage, le gemmage et les industries nées de la forêt (scieries et distilleries de résine), ainsi que l’élevage. On retrouve d’ailleurs une petite chèvre sur le blason de Lège, renvoyant à la légende de la chèvre d’or. Parmi le patrimoine remarquable, notons l’église Saint-Pierre et la cité ouvrière signée Le Corbusier, classée aux Monuments Historiques depuis 1990. Au milieu du 19ème siècle, un canal est creusé, permettant l’écoulement des eaux des étangs au Bassin et l’asséchement des marais. En 1884 voit l’arrivée du chemin de fer, et la gare sera désaffectée en 1954. Dans les années 1930, une route est construite jusqu’au Cap Ferret. Lège devient alors la porte d’entrée à la Presqu’île.

Claouey

Claouey doit peut-être son nom à un artisan cloutier qui s’y serait installé vers 1845. Le peuplement de ce village est dû aux Légeots qui y construisirent villas et maisons de vacances au milieu du 19ème siècle. La station balnéaire prend son essor au cours des années 1920-1930 grâce à la création de lotissements, l’assainissement des quartiers, l’édification d’équipements communaux (boîte postale, école publique, puits artésien et lavoir etc.). Claouey se distingue d’ailleurs par ses rues tracées à l’Américaine, se découpant à angle droit. Une voie ferrée de type Decauville permettait le transport de billes de bois jusqu’à l’appontement de Jane de Boy. Claouey est aujourd’hui un port ostréicole et de plaisance.

LE FOUR

Il devait y avoir un four à goudron, sous-produit de la résine qu’utilisaient autrefois les marins pour calfater la coque de leurs pinasses. Le plus petit des villages des pêcheurs de la Presqu’île, le Four fut peuplé par des familles pour la plupart originaires d’Arès. Le Môle du Four, port ostréicole, est construit à la fin des années 1950. Il existait ici une chapelle en bois, aujourd’hui désaffectée. Un ancien chai, datant de 1889, est le dernier témoin des vignes implantées sur la Presqu’île au milieu du 19ème siècle par Léon Lesca, propriétaire d’un vaste domaine entre le Cap Ferret et le Four.

LES JACQUETS

Ancien marais, autrefois appelé « Terre Blanque », le village des Jacquets doit son nom au mot gascon de la bécasse, la « jaquet ». Petit port ostréicole niché dans une anse, les Jacquets comptait autrefois des réservoirs à poissons. C’est ici que vécut le peintre Emile Brunet (1869-1943), qui a laissé de nombreux tableaux du Bassin et des Jacquets en particulier.

PIQUEY

Piquey se découpe en deux villages, Petit Piquey et Grand Piquey, désignant respectivement en gascon une « petite dune » et une « grande dune ». Petit Piquey fut autrefois appelé Pauilhac, du nom de Pierre et Rosalie Pauilhac, notables d’Arès. Rosalie Pauilhac fit d’ailleurs don à la commune d’un terrain afin qu’y soit édifiée une école. Cette école ferma en 1985, et l’édifice est désormais la bibliothèque. L’avenue du Truc Vert suit le tracé d’une ancienne piste forestière. C’est aux portes du village de Grand Piquey que se trouvait jusqu’en 1976 la limite entre la Baronnie de Lège et du Captalat de Buch, puis des communes de Lège et de La Teste. Artistes et intellectuels, comme Cocteau ou Radiguet, fréquentaient les hôtels situés au débarcadère. Ces port et villages de pêcheurs sont inscrits à l’inventaire des sites pittoresques.

PIRAILLAN

Côté forêt, le village est doté d’une réserve naturelle « les réservoirs », ancien réservoir à poissons depuis la fin du XIXème siècle, aménagé en camping dans les années 60 puis redevenu site naturel en 1995. En direction du Canon, le marché couvert de Piraillan, dont l’avant-projet de construction date de 1966, propose une architecture originale à la toiture imitant les ondulations de la mer.

Côté Bassin, Piraillan se découpe en une conche abritant port et quartier de pêcheurs et ostréiculteurs, quartier inscrit à l’inventaire des sites classés. Début XXème siècle, deux îlots artificiels y ont été créés pour agrandir le nombre des concessions ostréicoles, conséquence du développement de l’ostréiculture et du manque d’espace pour stocker les tuiles de captage des naissains.

LE CANON

Au milieu du XIXème siècle, Le Canon est une baie ceinturée de dunes. Les ostréiculteurs installent leurs cabanes en contre-bas, vers le Bassin. Ils agrandissent leur surface de travail en comblant l’escourre (passage étroit formé par le courant dans le Bassin) par une digue asséchante.

Dans les années 30, la route reliant les villages ostréicoles s’arrête au Canon. Pour continuer, elle doit franchir la dune en direction de l’Herbe. L’ouverture d’une tranchée s’impose ainsi qu’un mur de soutènement de la dune (mur en moellons). Celle-ci peut ainsi accueillir les premières villas.

Le village doit son nom à un vrai canon, visible dans l’anse du Canon en direction de L’Herbe. Son origine, datée du XIXème siècle, est controversée : soit il provient d’un navire marchand armé le « Frédérika », soit d’un fort de défense en direction des passes contre les navires ennemis, soit de la « Daurade », navire de guerre français capturé par les Anglais.

L’herbe

Il est le deuxième village le plus peuplé de la Presqu’île avec celui du Canon. Ses premiers habitants étaient originaires d’Arès, La Teste de Buch ou de Gujan-Mestras. Ils étaient pêcheurs et ostréiculteurs et venaient périodiquement y travailler pendant les malines (les grandes marées) : leurs habitations, appelées « pontons » flottants et échoués pêle-mêle, étaient des bateaux-maisons. Ils abritaient avant eux les gardes des parcs ostréicoles (les vols étaient nombreux lorsque l’élevage des huîtres se développa). Les pontons devinrent peu à peu inutilisables : les ostréiculteurs et pêcheurs s’installèrent alors définitivement sur la berge formant ainsi le village de L’Herbe, transformant les pontons en cabanes ostréicoles.

La municipalité de La Teste de Buch dont dépendaient les villages de la Presqu’île, de Grand Piquey au Cap ferret, y fit creuser des puits artésiens. Forés à plus de 150 mètres de profondeur, ils permettent le débit d’une eau ferrugineuse. Le puits artésien de L’Herbe est toujours en fonction en lieu et place de la fontaine, elle-même réhabilitée en 1999.

La chapelle Sainte Marie du Cap, plus connue sous l’appellation « Chapelle de L’Herbe » a été construite en 1885. D’inspiration mauresque en souvenir du temps vécu en Algérie par son propriétaire Léon Lesca, elle faisait partie d’un ensemble de constructions à l’architecture semblable : une villa (construite en 1865 et détruite en 1965), une école et des logements pour les domestiques.

LA VIGNE

Le village de La Vigne est aujourd’hui remarqué pour son port de plaisance, construit en 1960.

Avant cette date, Léon Lesca, entrepreneur et industriel de La Teste de Buch ayant acheté aux enchères sous le Second Empire un vaste domaine entre le village de Claouey et celui du Cap Ferret, avait creusé à l’endroit actuel du port, des réservoirs à poissons. Les déblais du curage des réservoirs lui ont permis de cultiver la vigne, d’en étendre la culture aux dunes voisines et aux Jacquets (où Léon Lesca avait creusé là aussi des réservoirs à poissons). On vendangeait encore en 1938 et le vin était de bonne notoriété.

Bien avant ces plantations « bacchusiennes », la littérature toponymique évoque le lieu « Dune de Lavigne » du nom d’un des premiers résidents (pêcheur, résinier ou douanier).

Par ailleurs, à la même période des réservoirs à poissons, un chemin de fer étroit type Decauville acheminait vers le Bassin les productions de la forêt (en particulier des poteaux de mine) pour être embarquées à partir d’un appontement à destination de l’Angleterre.

LE CAP Ferret

Cette terre fut disputée pendant des siècles par le captal de Buch, seigneur de La Teste de Buch, et les barons de Lège. Louis XVI mit fin à ces querelles en scindant en deux la Presqu’île du Cap Ferret au niveau de la Pointe aux Chevaux. Après la Révolution, la réorganisation territoriale attribua officiellement le Sud à la commune de La Teste de Buch tandis que le Nord revint aux barons de Lège. Ce n’est que le 21 juin 1976 que la République, par décret, fit advenir le rattachement du Cap Ferret à la commune de Lège.

Le village du Cap Ferret, aux pieds du phare, reçut comme premiers habitants : les pêcheurs et ostréiculteurs de La Teste de Buch, Gujan-Mestras et Arès, gardes et douaniers, gardiens du phare, puis avec le développement de la forêt et de la vigne les gardes forestiers, les résiniers, les bûcherons et les vignerons. L’expansion du tourisme fera se côtoyer ces populations à celles des commerçants, hôteliers et artisans.

Le phare du Cap Ferret, dont la construction débuta vers 1835, peu avant l’apparition des premiers chalutiers à vapeur en bois, fut achevé en 1840. Il fut mis en service vers 1855 ; sa portée est de 18 à 27 milles marins. Il fut détruit par les Allemands en 1944, et reconstruit à partir de 1949 puis remis en service. Ses 258 marches mènent à une vue panoramique embrassant la Presqu’île, la conche du Mimbeau, l’Ile aux oiseaux, les passes, l’océan et la Dune du Pyla.

Fin XIXème siècle, un premier bateau à vapeur relie Arcachon au phare du Cap Ferret. D’autres suivront et permettront aux excursionnistes de plus en plus nombreux de fouler le sable de l’océan et s’asseoir aux terrasses des différents restaurants aux abords des débarcadères (dont le premier construit en 1877 fut « Bélisaire ») et des départs et arrivées des tramways successifs (1er tram hippomobile en 1879, apparition du tram tiré par un tracteur à essence en 1925, le « petit train » actuel est géré par la municipalité depuis 1989).

Le Cap Ferret fut rattaché au village de Lège en 1976.

 

Sources bibliographiques : Lège-Cap Ferret / Luc Dupuyoo. – Allan Sutton, Saint-Cyr-sur-Loire : 2003 (Collection Mémoire en images). Le Cap Ferret : évocation historique / Max Baumann. – Editions de l’Equinoxe, Marguerittes : 2001 (Collection Le Temps retrouvé). La Presqu’île de Lège-Cap Ferret : Lège, Claouey, Les Jacquets, Piquey, Piraillan, Le Canon, L’Herbe / Max Baumann, avec la participation de Jacques Ragot. – Editions de l’Equinoxe, Marguerittes : 1992. Le Bassin d’Arcachon : Au temps des pinasses, de l’huître et de la résine / François et Françoise Cottin. – L’Horizon chimérique, Bordeaux : 2000.

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