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Lumière sur… L’usine Darbo
LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.
Du 2 au 30 octobre, Lège-Cap Ferret accueillera l’exposition itinérante « Habiter ici : solutions et innovations pour demain ». Conçue par des architectes et urbanistes pour le ministère chargé de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique, elle aborde des sujets qui concernent directement la Presqu’île (montée des eaux, submersions marines, incendies) ou encore l’évolution de l’habitat face aux défis climatiques. L’exposition sera présentée dans la salle des mariages de Lège à partir du 2 octobre puis elle rejoindra la Forestière au Cap Ferret du 26 au 30 octobre.
En lien avec cette exposition, une plongée dans les archives communales nous invite à mettre en lumière des espaces urbanisés qui ont su se réinventer. L’ancienne usine Darbo est l’un de ces espaces.
Les scieries Guérin puis Frugès
A l’origine, il s’agit d’une scierie mécanique créé par Arnaud Henri Guérin en 1914 pour fabriquer des caisses de bois. Ses initiales ornent d’ailleurs la façade du bâtiment en bordure de route.

Lège – Les ouvriers posant devant l’usine Guérin (fonds Luc Dupuyoo, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)
L’entreprise est rachetée en 1923 par l’industriel bordelais Henry Baronnet-Frugès (1879-1914). La scierie fabrique des caisses pour le conditionnement du sucre de canne. De l’autre côté de la route, un ensemble de maisons est construit par l’architecte novateur Le Corbusier afin de loger les ouvriers de l’usine et leurs familles.

La même vue que la précédente mais prise depuis le bord gauche de l’avenue du Médoc. Au fond, la maison d’habitation qui sert désormais au Comité d’entraide (fonds François Bisch, Archives municipales de Lège-Cap Ferret).

Lège – L’usine de caisses Frugès (fonds Luc Dupuyoo, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)
L’usine Darbo
Suite à la crise économique de 1929, les raffineries Frugès (reprises par Béghin Say) font faillite. La scierie et le lotissement sont rachetés par la famille Darbo, originaire des Landes et propriétaire d’une usine à Liposthey. La scierie Darbo fabrique des caisses pour le lait Gloria en Suisse. Elle s’agrandie en 1940. Après la guerre, elle continue dans le parquet-lambris. L’entreprise est importante, elle compte une cinquantaine d’ouvriers entre les années 1960 et 1980.

Vue aérienne de l’usine Darbo, 21 juillet 1949 (IGN, Remonter le Temps)
En bas, à gauche, les maisons Le Corbusier. De l’autre côté de la route, l’usine et ses hangars.
L’activité baisse en raison de la concurrence des supermarchés qui cherchent à avoir les prix les plus bas. De plus, l’usine est victime de trois incendies en deux ans dans les années 1980.
Dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 décembre 1980, un incendie se déclare vers quatre heures du matin. Trois heures d’effort sont nécessaires aux pompiers pour contenir les flammes et protéger les bâtiments environnants et plus particulièrement la chaufferie. Les 700 mètres carrés de l’atelier de fabrication, dit atelier d’aboutage, sont ravagés. Les dégâts se chiffrent à trois millions de francs et 28 personnes se retrouvent au chômage technique. Une enquête est ouverte par la brigade de gendarmerie d’Arès. L’hypothèse d’un court-circuit est écartée, le courant électrique étant systématiquement coupé à chaque fermeture de l’usine. L’incendie est très certainement d’ordre criminel.

Le premier incendie subi par l’usine Darbo, article de presse du journal Sud-Ouest, édition du 22 décembre 1980 (archives de Sud-Ouest en ligne)
Le deuxième incendie survient presque un an jour pour jour, dans la nuit du 19 au 20 décembre 1981. Le troisième et dernier incendie a lieu quelques jours plus tard, le 1er janvier 1982. Un hangar de 700 mètres carrés brûle. A l’intérieur sont entreposés des produits semi-finis et finis, entre 1500 et 2000 mètres cubes de bois. Les pompiers de Lège sont aidés par les brigades d’Arès, de Lacanau et d’Andernos. Les dégâts sont estimés à 2 millions de francs.
Le 5 février 1982, le journal Sud-Ouest rend compte de l’arrestation du pyromane. Il s’agit d’un employé de l’usine, Alain Lepage, 26 ans, cariste depuis 6 ans. Le jeune ouvrier reconnaît les deux premiers incendies, « pour le plaisir de voir un grand feu ». En revanche, l’origine du troisième incendie n’est pas établie.
Pyromane ou incendiaire ?
Les mots « pyromane » et « incendiaire » font tous deux référence à des personnes allumant des feux. Ils ont toutefois des sens différents.
Un pyromane souffre d’une pulsion obsédante qui le pousse à provoquer des incendies. Son seul objectif, c’est le feu et le plaisir qu’il lui procure. La pyromanie est donc une maladie et relève de la psychiatrie. Le mot est d’ailleurs composé du préfixe pyro‑ (le feu) et du suffixe ‑mane, tiré du grec mania, « folie ».
Un incendiaire allume volontairement un feu par malveillance et pour des raisons pragmatiques et rationnelles (profit personnel ou idéologique, voisin jaloux, volonté de détruire, velléités commerciales, etc.).
D’un point de vue juridique, il n’existe toutefois pas de distinction entre un pyromane et un incendiaire. Une personne reconnue coupable d’avoir allumé un feu peut être condamnée à 15 ans de prison, voire à la réclusion criminelle à perpétuité si le feu déclenché a fait des victimes. L’amende, elle, peut aller de 150.000 à 200.000 euros.
La caserne des pompiers
Le 20 janvier 1988, le Conseil Municipal adopte le principe du rachat de la scierie Darbo par la commune (pour 1,5 million de francs). Elle serait ensuite mise en location-vente à la nouvelle société. Des investisseurs suisses et suédois sont intéressés. Le fils de l’ancien dirigeant, Jean-Jacques Darbo, participerait au capital à hauteur de 20 %. L’entreprise développerait l’activité de sciage et la production de lambris et de lattes. Elle prévoit d’embaucher 20 personnes et d’investir pour 1,7 million de francs. L’acquisition est confirmée en mars 1988 par le vote du budget.

Les repreneurs intéressés par l’usine Darbo, article de presse du journal Sud-Ouest, édition du 4 juin 1988 (archives de Sud-Ouest en ligne)
A l’automne 1993, la commune envisage de transférer les ateliers municipaux, trop exigus, et la caserne des sapeurs-pompiers, et d’aménager trois logements de fonction. L’un des logements, l’ancienne maison d’habitation de la famille Darbo, est destiné au gardien chargé de la surveillance des locaux. En 1994, une partie de l’usine est démolie et un hangar est déplacé. Le centre de secours est construit : un bureau pour l’administration, la salle d’instruction, les garages. Au fond de la parcelle, six logements de fonction accueillent les pompiers et leurs familles. Les autres bâtiments sont conservés; les ateliers municipaux s’installent dans un hangar (désormais celui du comité d’entraide). En 1996, la municipalité acquiert deux parcelles de la propriété Darbo en raison de leur proximité avec les terrains du nouveau centre de secours car elles permettraient l’ouverture d’une nouvelle voie d’accès sur l’avenue de la Gare.
Votre histoire, notre mémoire
“Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque.”
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)
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79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives@legecapferret.fr
05.57.17.07.80
Sources et références
Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :
- Délibérations du Conseil Municipal de Lège-Cap Ferret
- Fonds François Bisch
- Fonds Luc Dupuyoo
Archives en ligne de Sud-Ouest :
- Journal du 22 décembre 1980
- Journal du 2 janvier 1982
- Journal du 5 février 1982
- Journal du 4 février 1988
- Journal du 4 juin 1988
Remonter le Temps, site de l’IGN :
- Vue aérienne du 21 juillet 1949
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