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Lumière sur… Le tennis de table au Canon

LES ARCHIVES MUNICIPALES DE LÈGE-CAP FERRET ONT POUR VOCATION DE CONSERVER LES ARCHIVES PUBLIQUES, MAIS AUSSI DES DOCUMENTS PRIVÉS, UNIQUES ET PARFOIS PERSONNELS. TOUS LES MOIS, DÉCOUVREZ UN DOCUMENT INÉDIT SUR VOTRE COMMUNE ! PAR SON INTÉRÊT HISTORIQUE, SON ASPECT ESTHÉTIQUE, OU SON ORIGINALITÉ, CE DOCUMENT TÉMOIGNE DE LA MÉMOIRE LOCALE.

Le 16 mars prochain aura lieu la 98ème cérémonie des Oscars à Los Angeles. Parmi les films nommés dans les catégories principales, Marty Supreme retrace le parcours d’un joueur de tennis de table new-yorkais dans les années 1950. Ce sport, mis en lumière par les frères Lebrun lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, n’est pas un inconnu sur la Presqu’île ! Un club basé dans le village du Canon participait à des compétitions nationales dans les années 1950 et l’une de ses joueuses était même une multiple championne… Découvrez l’histoire du Ping Pong Club Cannonais et de Yolande Vias !

L’histoire du tennis de table

C’est en Angleterre, à la fin du XIXème siècle, que le tennis de table fait son apparition. D’après la légende, un des convives d’un dîner entre notables a voulu expliquer le tennis (sur gazon). Il a donc a pris ce qu’il avait sous la main pour le montrer : des livres pour faire le filet, des boites à cigares en guise de raquettes et un bouchon de champagne en liège qui a fait office de balle. Le jeu gagne rapidement en popularité, en Angleterre et à travers le monde. Les règles du jeu sont standardisées, l’équipement évolue.

Le tennis de table est également connu sous le terme populaire de « ping-pong ». L’origine de cette onomatopée est dérivée du son de la balle : « ping » pour le bruit du choc de la balle contre la raquette et « pong » pour le bruit du rebond sur la table. C’est également le nom de la marque commerciale sous laquelle le jeu est produit aux États-Unis au début du XXème siècle. Le terme « ping-pong » est plutôt utilisé pour le jeu de loisirs, alors que « tennis de table » est employé pour désigner la pratique sportive. Même si un joueur est appelé « pongiste » et non « tennisman de table » …

La Fédération internationale de tennis de table (ITTF) est créée en 1926. Elle fêtera donc ses 100 ans cette année ! Le tennis de table connaît un âge d’or dans les années 1950 et 1960. La décennie suivante, il devient même une « arme » diplomatique entre les Etats-Unis et la Chine. La consécration survient en 1988 : le tennis de table est désormais un sport olympique.

Le Ping Pong Club Cannonais et la famille Vias

En France, la Fédération Française de Tennis de Table (FFTT) est fondée en mars 1927, trois mois après la création de l’ITTF. Les premiers championnats de France sont organisés dès 1928. En 1932, sept comités régionaux se constituent : Paris, Guyenne et Gascogne, Languedoc-Roussillon, Normandie, Centre, Côte basque et Alsace.

La Presqu’île a également connu le tennis de table ! C’est un habitant de la commune qui nous l’a appris grâce au prêt d’archives familiales. Il s’agit en l’occurrence de la carte d’adhérent de Jean-Louis Fabbri au Ping Pong Club Cannonais pour la saison 1950-1951.

Carte d’adhérent de Jean-Louis Fabbri au Ping Pong Club Cannonais pour la saison 1950-1951 (fonds Bruno Fabbri, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Ce club est intimement lié à une famille bien connue du Canon, les Vias, et plus particulièrement à Yolande Vias dont on retrouve le nom dans la presse sportive de cette époque.

Yolande Vias, championne de tennis de table

Yolande Laviole est née le 1er janvier 1924 à Gujan. Elle est la fille de Pierre dit Henri Laviole, adjoint spécial du Cap Ferret. Ses parents tiennent le café-restaurant de l’Industrie dans le village ostréicole du Canon, un lieu tenant à la fois d’un café, d’une épicerie et d’un hôtel. Un cinéma, L’Excelsior, créé au début des années 1930, jouxte la salle de billard du café.

En avril 1942, elle épouse Gaston René Vias au Canon. Au début des années cinquante, le cinéma cesse son activité. La salle sert quelques temps, l’été, à des tournois-exhibitions de ping-pong organisés par Yolande Vias, alors championne de France double dames. L’Excelsior disparaît définitivement en 1968 dans un incendie.

Yolande Laviole et René Vias posant sous le porche de la Villa Algérienne à L’Herbe lors de leur mariage en avril 1942 (photographie Léo Neveu, fonds Luc Dupuyoo, Archives municipales de Lège-Cap Ferret)

Nous avons pu retracer une partie de son parcours sportif grâce aux journaux spécialisés, numérisés et disponibles en ligne. L’Athlète nous apporte de précieux renseignements mais c’est surtout Tennis de Table, la revue officielle de la Fédération Française de Tennis de Table, qui relate tous les évènements liés à cette discipline.

Yolande Vias a vécu une petite mésaventure sur les Internationaux de Boulogne-Billancourt de janvier 1948. Son partenaire de double mixte, Charles Dubouillé, ne s’est pas présenté à la suite de sa défaite en simple.

« En trois sets bien secs, 18, 15 et 19, Roothoof renvoya au vestiaire notre Dubouillé national. Au premier tour, s’il vous plait. – C’est alors que le sympathique Charles sentit les affreux symptômes de la grippe… et disparut.
Gordon l’attendit en vain pour le double messieurs et il en fut de même pour la charmante Yolande Vias, sa partenaire de mixte, qui n’avait fait en somme que 600 kilomètres pour jouer avec un première série française… qui était parti quand elle arriva.
Charles nous avait habituer (sic) à plus de galanterie. […]
Puisque nous parlons de Mme Vias, disons qu’elle se vengea en battant Mme Wilhem… qui n’y pouvait rien. »

En mai 1948, elle devient championne de Guyenne en individuel. Un article dans l’édition du 27 octobre 1948 de L’Athlète rend compte de la Coupe de Bordeaux, qui se tient le 13 novembre suivant, et donne un aperçu des joueurs les plus susceptibles de gagner. « Nous notons avec plaisir la participation de Mme Vias, du Ping-Pong Club Cannonais, qui, nous en sommes certains, se défendra vaillamment contre « le sexe fort ». »

En 1949, ce même journal conjecture sur les potentiels vainqueurs des prochains championnats de Guyenne :

« Dans l’épreuve du simple dames, l’Arcachonnaise Mme Giraud, 1ère série française, sera notre favorite ; toutefois, Mme Vias (Canon), en très nets progrès, peut l’inquiéter […] En double dames, Mmes Planton-Vias n’auront pas d’adversaires capables de les inquiéter. »

L’auteur de ces lignes a presque vu juste. Yolande Vias s’incline en finale du simple dames, remporté par Mme Giraud. En double mixte, elle s’arrête en demi-finale avec son partenaire, M. Chevalier, face à la paire Giraud-Philippe. En revanche, elle est victorieuse dans le tableau du double dames avec Mme Planton contre Mmes Giraud et Sajus. Lors des championnats de France, elle fait cette fois équipe avec Mme Giraud jusqu’à leur défaite en huitième de finale.

En mars 1950, elle est à nouveau finaliste des championnats de Guyenne en simple dames. La victoire revient encore une fois à Mme Giraud par 3 sets à 2. Le mois suivant, les championnats de France de tennis de table se tiennent à Lorient. Yolande Vias et sa partenaire, Mlle Brémond, remportent le tournoi de doubles dames.

Elle remet en jeu son titre en double dames en 1951. Les spécialistes de la revue Tennis de Table jugent qu’il « s’avérerait hasardeux de pronostiquer ».

« Disons simplement qu’une nouvelle équipe viendra très certainement inscrire son nom au palmarès. Très probablement la « paire » championne de Belgique et de Hollande : Delay-Girard qui peut vaincre la coalition méridionale (tenante) Vias-Brémond. »

Elle perd son titre en quarts de finale face aux sœurs britanniques Diana et Rosalind Rowe (qui gagne d’ailleurs le tournoi).

En 1952, Yolande Vias participe aux Coupes Interligues à Rennes. L’équipe de Guyenne y brille mais doit s’incliner en finale face à la « redoutable » formation de l’Ile-de-France.

« De nos deux joueuses, Mme Giraud, toujours calme et réfléchie, fut notre meilleure représentante. Cela ne diminue en rien les mérites de Mme Vias, encore que nous lui conseillerons de maîtriser un peu sa fougue et son impétuosité qui nuisent surtout dans les rencontres de doubles. »

Lors des championnats internationaux de France de 1953, à Paris, elle fait équipe avec un joueur polonais, Alojzy Ehrlich, avec qui elle atteint les quarts de finale. Cette même année, elle se classe deuxième avec son binôme féminin, Mme Giraud, aux épreuves finales de la coupe de France interligues à Lille. « Le double de Mesdames Giraud et Vias est un des meilleurs de France et leur valeur en simple… aussi. », écrit un journaliste de Tennis de Table.

Les pongistes sélectionnés pour la coupe de France interligues de 1953 (Tennis de table n°89, décembre 1953)

En mai 1954, Mmes Vias et Brémond renouent avec la victoire lors des championnats de France à Rouen. En décembre, Yolande Vias gagne la XXXème coupe de Bordeaux, le plus grand tournoi interrégional de tennis de table de la saison, en battant 2 sets à 0 son adversaire, Mlle Hetvez. « Il nous est agréable de signaler, en terminant, » écrit un journaliste de L’Athlète, « la victoire de Mme Viaz (sic) chez les dames, sans grande signification, il est vrai, si ce n’est celle d’avoir été acquise sur un nombre inusité de compétitrices prouvant que le pongisme féminin a acquis maintenant droit de cité dans le comité. »

L’année suivante, elle est championne de Guyenne en double avec Mme Giraud (en deux sets 21-17, 21-14). Elle est également finaliste du tournoi en simple dames et en double mixte en affrontant sa partenaire de double dames.

La carrière sportive de Yolande Vias semble s’arrêter vers la fin des années 1950. On la retrouve encore en compétition en 1957.

Dans la famille Vias, il y a donc l’épouse, mais aussi le mari et le beau-père ! René Vias, conseiller puis adjoint du Canon jusqu’au rattachement de 1976, fait partie du corps arbitral du tennis de table. En 1953, le correspondant de L’Athlète félicite les organisateurs des Championnats de France qui se déroulent à Bordeaux :

« Grâce à des prodiges d’organisation, l’horaire fixé fut suivi presque minute par minute, grâce à la compétence du juge-arbitre J.-R. Domingo et des directeurs de parties, MM. Giraud et Vias, qui assurèrent le déroulement parfait des rencontres, aidés en cela par les délégués aux arbitres, MM. Fossecave et Besset, qui surent grouper en permanence un contingent important d’arbitres et, chose à signaler, aucun incident d’arbitrage ne survint, ce qui prouve la valeur et la compétence des referees de Guyenne qui se succédèrent sans arrêt autour des quinze tables de jeu. »

Il est membre du Comité Directeur de la Guyenne et juge arbitre régional en 1954-1955. Le 25 août 1955, il reçoit les lettres de félicitations pour services rendus à la cause de l’éducation physique et des sports.

Le père de Yolande Vias, Henri Laviole, semble avoir aussi été impliqué dans le tennis de table. En effet, la revue Tennis de table n°91 de février 1954 lui rend hommage :

« C’est avec surprise et tristesse que nous venons d’apprendre la mort soudaine d’un des meilleurs amis de notre sport : Papa Laviolle (sic) qui, au Canon sur les bords du Bassin d’Arcachon, a beaucoup fait pour le tennis de table, avec ses enfants, M. et Mme René Vias.
A tous les deux et à Mme Laviolle (sic), dont tous les visiteurs du Canon ont pu apprécier la gentillesse, « Tennis de Table » présente ses plus vives condoléances. »

Votre histoire, notre mémoire

“Les souvenirs d’un homme constituent sa propre bibliothèque.”
Aldous Huxley, écrivain anglais (1894-1963)

Si vous avez des documents, des photographies sur la pratique du tennis de table (ou d’un autre sport) sur la Presqu’île, n’hésitez pas à nous rendre visite ou à nous contacter ! Vos souvenirs nous permettront de mieux faire connaître l’histoire de notre commune.

Contribuez à enrichir cet article !

Service des archives
79 avenue de la Mairie, Lège bourg
archives@legecapferret.fr
05.57.17.07.80

Sources et références

Les Archives municipales de Lège-Cap Ferret :

  • Fonds Bruno Fabbri
  • Fonds François Bisch
  • Fonds Luc Dupuyoo

Retrouvez la collection de cartes postales de François Bisch sur son site : https://www.ferretdavant.com/index.php

La Fédération Française de Tennis de Table (sur Calaméo) :

  • Tennis de table, n°41, janvier 1948
  • Tennis de table, n°44, avril 1949
  • Tennis de table, n°46, juillet-août 1949
  • Tennis de table, n°53, mars 1950
  • Tennis de table, n°61, janvier 1951
  • Tennis de table, n°63, mars-avril 1951
  • Tennis de table, n°89, décembre 1953
  • Tennis de table, n°94, mai 1954
  • Tennis de table, n°96, août-septembre 1954

Les archives en ligne de Sud-Ouest :

  • Sud-Ouest, 17 avril 1950
  • Sud-Ouest, 06 janvier 1953
  • Sud-Ouest, 1er décembre 1953
  • Sud-Ouest, 20 décembre 1954
  • Sud-Ouest, 28 mars 1955

Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF :

  • L’Athlète, 26 mai 1948
  • L’Athlète, 06 mai 1953

Legifrance :

  • Bulletin officiel des décorations, médailles et récompenses, n°25, 06 octobre 1955

 

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